‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 344 sur 581 · Généralisation du concept d'appétence · texte numérisé non relu

Généralisation du concept d'appétence

Les choses humaines étant ce que l'homme connaît le mieux, nous humanisons tout ce que nous voulons concevoir, et c'est ainsi que nos concepts ravalent les choses supérieures et rehaussent les inférieures. Chez l'homme, l'appétence est un désir de la volonté ou une inclination de la sensibilité, et nous transportons ces désirs jusque dans les êtres bruts. Pour purifier ces concepts, cherchons si, dans notre appétence, il n'y a pas quelque chose qui puisse convenir à tous les êtres spirituels ou matériels.

L'appétence pour nous est un désir d'obtenir quelque chose que nous n'avons pas. C'est donc un désir d'union avec l'objet désiré. Cet objet est bon pour nous, parce que l'union de notre être à son être nous convient, et nous tendons par le désir vers cette union. Ainsi le désir est une tendance, et toute tendance active vers un but nous apparaît comme une sorte de désir.

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Et voyez comme les mots : appeler, convenir, ont une signification générale : Ad-petere, « aller vers, tendre » ; cum-venire, « venir avec, s'unir ». Toute tendance d'une chose vers une autre est une opération qui a pour but de juxtaposer, de joindre, d'unir ces deux choses. Nous pouvons donc dire qu'il y appétence et convenance, toutes les fois qu'il y a tendance naturelle et active, quand bien même il ne s'agirait que d'un instinct aveugle.

C'est la doctrine de saint Thomas :

Quod autem à\ç,\iquod omnia appetunt non estintelligendum solum de habentibus cognitionem, qua^ appréhendant bonum; sed etiam de rébus carentibus cognitione, qua* naturali appetitu tendant in bonum, non quasi cognoscant bonura, sed quia ab aliquo cognoscente moventur ad bonum, scilicet ex ordinatione divini intellectus, ad modum quo sagitta tendit ad signum ex directione sagittantis (1^.

Je remarque, d'ailleurs, que l'appétence qui a produit la tendance n'est pas détruite par le fait même de l'union. Tout au contraire, elle s'avive alors dans la jouissance. L'activité, qui fait courir l'enfant vers sa mère, ne devientelle pas plus agissante lorsqu'il l'étreint dans ses petits bras (2) ?

Je remarque enfin qu'il y a deux manières contraires de faire disparaître la distance réciproque et d'obtenir l'union. Ou bien on se meut vers l'objet que l'on désire, comme cet enfant vers sa mère; ou bien, on attire à soi l'objet (|ue Ion veut embrasser, comme la mère fait de son lils trop faible encore pour courir. Dans le premier cas, on tend vers un terme; dans le second cas, on est soi-même le terme vers lequel on fait tendre.

Ces préliminaires suffisent. La suite les expliquera davantage. Mais, à vrai dire, nous touchons au but, et nous n'avons plus qu'à conclure.

(1) s. Thomas., Et/iic, lib. I, lecl. 1.

(2) Comme on l'a fait très justement remarfjuer, la satiété n'est pas la (in de l'appétence, mais elle est l'impossibilité de jouir. Voilà pourquoi les jouissances

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