‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 358 sur 581 · Du même sujet · texte numérisé non relu

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Reprenons cette belle considération sous une forme plus métaphysique.

Dans tout être, sauf en Dieu, on distingue l'essence et l'existence, et cette distinction contient les deux éléments dont l'union constitue complètement l'être existant. Sans doute, ce ne sont pas deux éléments réellement diflércnts; une telle assertion est, pour parler on termes adoucis, dif-

(1) Voir à ce sujet Vasquez, in 1 parle disputât. 102.

392 ijvrj: vu. — corrklatiox dks CArsALiiKs.

ficile à comprendre. Mais on doit reconnaître que les concepts d'essence et d'existence sont distincts, et qu'il y a un fondement réel à celte distinction.

Or, puisqu'il s'agit d'un efTet existant, où doit-on chercher le fondement de cette distinction? Sans nul doute dans la cause, puisque la cause est la raison unique de l'efTet. Donc, pour rendre compte total d'un effet, il faut et il suffit qu'on trouve dans sa cause un double rapport, savoir : un rapport à l'essence de l'efitet et un rapport à son existence. 11 faut et il suffit que la cause possède une double activité, savoir une activité qui détermine l'essence et une activité qui détermine l'existence. La première est une intelligence qui conçoit l'idée, la seconde une volonté qui décrète la réalité.

Donc, en toute rigueur, il faut, et il suffit, pour l'existence d'un effet, que sa cause soit une substance intelligente et voulante. En tant qu'intelligente, elle pose un terme idéal, qui est la cause exemplaire de l'effet ; en tant que voulante, elle formule une intention dont le terme est 1 effet lui-même, cause finale de V opération.

Mais quoi ! ne tenons-nous plus compte de la cause efficiente, qui semble pourtant la cause principalement nécessaire? Confondons-nous l'ordre intentionnel et l'ordre effectif, après les avoir si nettement distingués plus haut?

Pour répondre à ces questions, rappelons encore une fois la relation qui oppose l'action à l'intention. , L' « intention » est dans l'agent ; c'est un vouloir. Or, par nature, la volonté veut l'existence de ce qu elle veut. Le terme de l'intention est donc une réalité existante, un être en acte ; ou, si l'on aime mieux, le terme de l'intention est l'actualité d'un être. Quant à 1' « action ». elle est dans le patient, actio est inpasso. C'est le passage de l'état de puissance à l'état d'acte, en tant que ce mouvement a lieu sous l'influence de l'agent. L'action se poursuit tout l'espace du devenir, et se consomme dans l'acte par l'existence complète de l'effet.

CIlAPiTRK I. — SVMIIKSK DES CALSES. 393

Ainsi, d'une part, nous avons un agent qui par l'intention veut un effet en acte, et, d'autre part, un patient qui par Faction passe de l'état de puissance à l'état d'acte. L'ag-ent commande, le patient obéit; l'intention immobile désigne un but, l'action court au but. La volonté est cause efficiente par cela seul qu'elle impose son vouloir.

Cette considération nous fait mieux pénétrer dans l'essence de la cause efficiente et résout certaines difficultés.

Nous avons démontré que la cause est immobile : Causa non movetur movendo. C'est qu'en réalité la volonté reste immobile dans l'acte qui désigne la fin d'un geste impératif; tout le mouvement est dans l'être qui court vers la fin désignée.

Autre difficulté : lorsque nous nous représentons l'efficacité de la cause efficiente, nous sommes enclins à nous figurer l'action comme une réalité sortant de l'agent pour tomber sur le patient, d'où le nom de acHis transiens donné à l'action. Ce passage de l'intérieur à l'extérieur a sa complète raison et explication dans la nature même de la volonté; car sou acte, tout en restant immanent, tend vers un terme extérieur et réel.

Ainsi, pour rendre compte de l'essence et de l'existence d'un effet, il est besoin et il suffit d'une intelligence et d'une volonté, et les causes extrinsèques se réduisent à une substance intellligente et voulante. Cependant nous continuerons à distinguer les trois causalités, comme on le fait d'ordinaire, parce que cette distinction se prête mieux qu'une autre au jeu naturel de notre esprit.

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