‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 364 sur 581 · Correspondance de la cause matérielle et de la cause · texte numérisé non relu

Correspondance de la cause matérielle et de la cause

formelle.

Nous avons si souvent et si longuement étudié les rapports entre la matière et la forme que nous n'avons ici ({u'à résumer la doctrine déjà acquise.

La matière, considérée à part, est cjuelque chose d'indéterminé. Or, l'indéterminé, loin de pouvoir être le fondement dune relation, ne peut pas même, par sa seule vertu, en être le terme. Il faut qu'un principe déterminant soit en même temps et l'un des termes de cette relation et la raison de l'autre terme.

Ce principe déterminant est la forme; car la forme est acte, et la matière est purement puissance. C'est donc par la forme que la matière est déterminée, qu'elle est « actuellement » matière, formellement matière, et cette dernière expression n'est pas un jeu de mots.

L'influence de la forme s'étend plus loin encore. Sans doute, avant que le statuaire eût choisi l'argile, celte substance possédait déjà par elle-même deux propriétés naturelles, savoir l'aptitude à se ramollir dans l'eau, et

(1) s. Tlionias, Eod. loco.

VOO LIVRK VII. — CORRÉLATION 1»KS CAISALUKS.

l'aptitude à se durcir au feu. Mais, considérées en ellesmêmes, ces deux propriétés se montrent comme parfaitement étrangères Tune à l'autre, et, pour moi qui ignore leur source commune cachée dans la nature intime de Fargilc, leur coexistence dans un même sujet n'est qu'une pure contiguïté. Il faut donc, pour les fondre dans une même qualité, un principe d'union, suivant la maxime : Ex diversis formalitcr non fil uniun tiisi ad inviccm ord'inentiir.

Or, je Tai expliqué au livre IV, cette qualité unique, qui fait de l'argile une matière à statue, est la possibilité de se prêter à recevoir et à garder la forme. Donc, c'est par sa convenance à la forme que l'argile est formellement matière à statue.

Telle est la dépendance de la matière vis-à-vis de la forme. xMais il y a réciproquement une dépendance de la forme vis-à-vis de la matière, puisque, dans les composés purement matériels, on attribue à la matière le rôle de soutenir la forme, et ce n'est pas là une des moindres dif— lîcultés du système de saint Thomas sur la conslitution physique des corps.

D'après cette théorie que je n'ai pas à examiner ici, les deux causes formelle et matérielle, se rencontrant dans l'existence du composé, sont mutuellement causes lune de l'autre, la forme n'y existant que soutenue par la matière, et la matière n'y existant qu'en vertu de la forme. C'est l'enseignement de saint Thomas :

Forma autem et materia sibi invicem sunL causai quantum ad esse : forma quidem materia', in quantum dat ei esse actu, materia vero formœ, in quantum sustentai ipsam (1).

4. — Correspondance de la forme à l'ensemble des causes extrinsèques.

En comparant la matière et la forme, nous venons de

;i) s. Thomas, Metaphys., lib. V, Icct. 2.

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