Correspondance de la forme et de l'idée
La forme qui constitue l'effet est tellement connexe à la forme qui préexiste dans l'idée, qu'Aristote voit là une preuve de la communauté entre la cause et l'efiet.
c( Il ressort, dit-il, de ce qui précède, que suivant une certaine manière tout effet provient, soit d'une cause univoque, comme dans les générations naturelles, soit d'une cause partiellement univoque, comme la maison provient de la maison, ou procède de l'esprit (car l'art L'St la forme)... (1^. »
Saint Thomas commente ce texte comme il suif :
Generans per se générât taie secundum quod hujusmodi. Unde oportet quod in générante pcr se sit aliqualiter similitudo generati, sed hoc contingit tripliciter :
Uno modo, quando forma generati prcccedit in générante secundum eumdem niodum essendi et simili materia; sicut, cum ignis générât ignem, vel homo générât hominem; et luec est generatio totaliter univoca.
S\\o modo, quando forma generati pra'cedit in générante,
(1) Arislole, Mélaphys., liv. VII, ch. ix.
'1-02 LlVRi: VII. CORRÉLATION UKS CAUSALITÉS.
non quidem secundum eumdem modum essendi, nec in subslantia ejusdem rationis ; sicul forma domus pra^cedit in artifice non secundum esse materiale, sed secundum esse immateriale quod habet in mente artificis, non in lapidibus et lignis, et liœc generatio est partim ex univoco, quantum ad formam, partim ex tequivoco, quantum ad esse forma» in subjecto (1).
Cette connexion de la forme et de l'idée est si intime qu'Aristote ne semble l'aire des deux qu'une seule cause, lorsqu'il dit : « Le second genre de cause est la forme et le modèle : "AaXov oè (tpÔTrov), -z tlcz: v.y': ts T.y.py.c,ei'[[).y. (2). »
De même, saint Thomas, en parlant des idées, montre la parfaite correspondance des deux causalités :
Idea enim gr»ce, latine forma dicitur. Unde per ideas intelliguntur forma' aliquaruin rcrum, prtoter ipsas res existentes. Forma autem alicujus rei pra^ter ipsam existons ad duo esse potest; vel ut sit exemplar ejus cujus dicitur forma, vel... Similitudo domus prœexistit in mente tedificatoris : et hœc potest dici idea domus; quia artifex intendit domum assimilare formx quam mente concepit (3).
Et dans un autre passage :
Forma artificialis est similitudo ultimi effectus in quem fertur intentio artificis ; sicut forma artis in mente ledificatoris, est forma domus a^dificatte (4).
Ainsi, tout en réduisant à quatre le nombre des causes avec Aristote, les scolastiques avaient soin de distinguer la forme idéale de la forme réalisée, la forme exemplaire de la forme intrinsècjue. Uue le lecteur n'éprouve donc aucun scrupule : en reconnaissant cinq causes avec Platon, nous ne nous écartons pas de la doctrine péripatéticienne (5).
(1; S. Tlioiiias, Mctnphijs., \\h. VII, lect. S.
(2) Aristote, Mctap/n/s., liv. V, ch. ii.
(3) S. Thomas, I, q. 15, art. 1.
(4) Id., III, q. 78, art. 2.
(5) Voir sur celte question Fonseca, 3/c<a/)/tys., lib.l, cap. vu, q. 1, sect. 5. Il termine ainsi : « Unde colliges, nihll dissidii esse hac in re inter Platonem et Aristotelem, quod Plato causam exemplarem quoddam per se causœ genus lecerit. »