CHAPITRE II. CORRESPONDANCE DES CAUSES. i
que ces trois causes et aussi inséparablement unies entre elles.
En vertu de sa cause formelle, l'effet est ce qu'il est et pas autre chose. Il est donc une chose qu'on ne peut diviser sans la détruire. En un mot, elle est « une », suivant la définition : Unum nihil significat quam ens indivisum (1). Ainsi l'unité n'est pas une propriété qui s'ajoute à l'être; elle est aussi intime à l'être que la forme qui la constitue. En d'autres termes, l'être est « un » par sa forme même, et parce que sa forme est « une ».
Unitas et unum formaliter acceptum non difîerunt nisi in modo tantum, scilicet concretionis et abstraction is. Unitas enim dicit formam; unum autem dicit formœ difTusionem in eo quod est (2).
En vertu de la causalité exemplaire, l'effet est pareil à l'idée qu'il réalise; il se conforme donc à l'acte de l'intellig-ence qui l'a conçu, et il fait rejaillir dans toute intelligence qui le connaît une idée qui lui est conforme. Donc il est « vrai », suivant la définition commune : veritas est adœquatio rei et intellectus. Ainsi la vérité n'est pas une propriété surajoutée à l'être. L'être est « vrai », parce qu'il est; et dire qu'il est « vrai », ce n'est que signifier d'une manière plus explicite sa relation à sa cause exemplaire.
Enfin, en vertu de la causalité finale, l'efiet est un terme voulu par l'intention et réalisé par l'action. Il est doue « bon », puisqu'il est ce qu'on voulait qu'il lut. Ainsi la bonté n'est pas une propriété surajoutée à l'être. L'être est « bon » par sa relation àsa cause finale.
Unité, vérité, bonté : telles sont les trois passions de l'être. Bien nonmiées : Passions; car elles proviennent de la cause et elles sont dans l'effet, identifiées à sou être et
(1) s. Thomas, 1, q. Jl, art. 1. — "Oda jati Ë-/£t Siaip£<Tiv, ij V-'h ë/ei, TaÛTï) ëv XÉYetai. (Arislote, Mclaphys., liv. V, ch. vi.)
(2) Alb. Magn., Summ. IheoL, part. 1, q. 2i, membr. 2.
ne se disting-uant entre elles que par les causalités avec lesquelles elles sont en rapport formel.
Quant à la Cause, si elle est uniquement et purement cause, elle est Une, Vraie et Bonne, par cela même quelle est, et sans rapport à d'autre qu'à elle-même. L'unité, la vérité et la lîonté ne sont pas des passions de son être, mais uniquement les aspects d'une identité qui se rapporte à elle-même.
Albert le Grand recueille toute cette doctrine sur l'être et ses trois passions dans un beau passage dont j'offre une sorte de traduction libre.
L'être, dit-il, l'un, le vrai, le bon, sont une seule et même réalité, considérée à des points de vue différents. Ces concepts qui s'appellent mutuellement, se suivent cependant dans un certain ordre. Car, si l'on considère d'abord une chose dune manière absolue, on a son être; si, ensuite, on la considère par rapport à ses causes, on a ses passio?is.
Or le rapport le plus immédiat est le rapport à la cause formelle, puisque la forme est dans l'être même, et par là on obtient le concept de Vun.
Proprius enim actus principii formalis est terminare id quod est; terminatam autem esse indivisum est in se et ab aliis divisum, per hoc ipsum quod in esse terminatum est.
Mais la forme est, encore, ce par quoi l'être peut être connu. De la forme résulte donc une relation à l'intelligence, et par là surgit le concept du vrai, aussitôt après ceux de l'être et de l'un.
Enfin, si on rapporte l'être au principe final, le concept du bo?i naît dans l'esprit.
Et quia isla quatuor in omni sunt quod est, et in causa et in causato, et in universali et in particulari, nec potest aliquid intelligi esse nisi statim occurrant ista quatuor inesse ipsi : ideo ista quatuor convertuntur secundum supposita 1 ■.
<l) Alb. Magn.. Sumiu. theol.. pari. I,q. 28.