Nous concevons tout changement comme un mouvement
Bien souvent nous avons dit : L'effet « part » de létat de puissance pour « arriver » à l'acte; il « tend » vers un terme où il trouve son « repos » ; l'agent met en « mouvement » le patient. Ces expressions et d'autres semblables rappellent toutes un mouvement local, comme si les causes ne pouvaient avoir d'autre eJBFet que de remuer et de déplacer une masse inerte.
Certes, ces images sont grossières, et cependant elles sont légitimes, car elles sont naturelles et nécessaires à notre manière de concevoir. C'est la doctrine de saint Thomas :
Procedit nostra cognitio intellectualis a notioribus ad minus nota; et ideo apud nos a notioribus omnia transferuntur ad significandas res minus notas. Et inde est quod, sicut dicetur in Decimo Metapliys., ab lus qua^ sunt secundum locuni processit nomen distantia- ad omnia contraria; et similiter nominibus pertinentibus ad motum localem utimur ad signitieandum alios motus, eo quod corpora quœ loco circumscribuntur sunt maxime nobis nota 1),
Quia enim motus localis est naturaliler primus motuuni, ut probat in Octavo Physic, utimur noniinibus pertinentibus ad motum localem, in altorationo et in omnibus motibus •-].
Il résulte de là que naturellement toute altération, toute modification, tout cliangement, apparaissent à notre ima-
(1) S.Thomas, 1* 11', q. 7, art. 1.
(2) S. Thomas, I, q. G7, art. 2, ad 3""'.
VIO i.ivni: VII. — corrélatiox dks calsalitks.
gination comme le passage d'un point à un autre, comme un courant continu d'un terme à un autre, en un mot, comme un mouvement, ayant son point de départ, terminus a qiio, — son chemin, via, — et son point d'arrivée, terminus ad quem. Aussi, dans la langue péripatéticienne, l'agent est souvent appelé le <( moteur », le patient est aj^pelé le « mobile », et la Cause Première est désignée sous le nom de « Premier Moteur ».
On le voit, la théorie des causes emporte avec soi la théorie du mouvement, et nous avons besoin de nous livrer à une étude métaphysique du mouvement, pour comprendre l'influence de la cause sur son efï'et.