Application à la causalité
L'objet de la métaphysique est l'élude de l'être en tant <|u"ètre. Lorsque Ton conçoit l'être en lui-même, il n'a pas d'autre nom que Vctre ; mais lorscjue l'on conçoit l'être comme étant la source d'êtres différents, il prend le nom de cause.
ilG LIVRi: VII. CORKKLATIOX DKS CAUSALITÉS.
Ce dernier concept présente un corrélatif, savoir le concept d effet. La cause et l'effet s'opposent comme les deux termes d'une même relation, et il n'y a, entre la cause et l'ciFet, aucune réalité intermédiaire, sinon une relation réelle, et une seule, comme il n'y a qu'une distance de Thèbes à Athènes. Et de même que le seul mot distance définit la relation locale, de même un même mot sert à désigner la cause et l'effet dans leur relation réciproque et essentielle. C'est le mot puissance. La cause est ufie puissance; elle est d'autant plus cause qu'elle est plus puissante. L'effet est d'abord en puissance ; c'est-à-dire, il peut exister, il est possible qu'il existe. Remarquez attentivement que, dans sa sig'nification première et étymologique, le mot « puissance » exprime une énergie, une activité, un pouvoir. Ce nom dérive donc de la cause à l'effet; car la possibilité d'être n'est pour celui-ci pas autre chose que le retlet du pouvoir de sa cause, et il est essentiel à l'effet d'être possible, précisément parce qu'il est essentiel à la cause do pouvoir.
Or, de même que l'intervalle qui sépare Thèbes et Athènes est un chemin de l'une à l'autre, de même, il peut y avoir mouvement de l'effet en vertu de la cause. Lorsque l'une agity l'autre devient, arjitur. Lorsque Faction est terminée, l'effet est fait, actas est, il existe, il est en acte. Dans sa signification première et étymologique, le mot acte indique donc le terme de l'action et s'applique à l'effet. Mais, parce que le terme de toute action est une existence, le mot acte s'étend à signifier l'existence actuelle. Enfin,, comme l'existence est pour chaque chose la suprême réalité, le même mot«c/(? acquiert un nouveau caractère de noblesse, et devient synonyme d'existence pure de toute possibilité passive; et voilà pourquoi on le transporte à la cause ellemême, pour signifier qu'elle possède dans sonéminence la plénitude de l'existence qu'elle peut communiquer (1).
(1) Aristole, usant d'une langue plus riche, emploie deux mots différents