CHAPITRE m. DE LINFLUENCE DE LA CAUSE
quod terminatum est ad Athenas, non est spatium terminatum ad Thebas (1).
La meilleure manière de méditer sur la causalité, et surtout sur la causalité suprême, est donc, puisque toutes nos pensées doivent s'incarner dans des imaginations sensibles, de concevoir comme un flot de réalité qui, partant de la cause sans en altérer la plénitude, se déverse dans l'être encore en puissance, comble son vide et remplit sa capacité.
Qui ne voit combien cette métaphore soutient la pensée dans les plus hautes sphères de la métaphysique? Il faut bien que toute la réalité de l'effet soit contenue dans sa cause totale, ca.r l'eau dont se remplissent les vases provient de la source. Mais il faut en outre que la réalité soit dans la cause sous une forme supérieure et éminente ; car, tandis que dans la source l'eau est vive et jaillit par sa propre vertu, elle est stagnante dans le bassin qui la reçoit, et son niveau ne s'élève vers la source que par le continuel afflux qui découle de celle-ci.
Belle image de la causalité pure, c'est-à-dire de la Causalité Créatrice ! Mais, encore une fois, comparaison qu'il faut corriger comme toutes les comparaisons (2) ; car la réalité de l'effet n'est pas une chute de la réalité de la cause. Entre le créature et le Créateur, il ne se fait pas un partage de l'être, et si tout vient dans l'effet, rien ne sort de la Cause.