‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 396 sur 581 · Lïmperfection correspond à une puissance passive · texte numérisé non relu

Lïmperfection correspond à une puissance passive

Saint Thomas l'affirme :

Unumquodque in tantum perfectum est in quantum est actu ; nam potentia sine actu imperfecta est (i).

Remarquez soigneusement que dans ce texte il s'agit de puissance p«.s5/ye et non de puissance active. La puissance active est par elle-même un acte; son action perfectionne au dehors reiïet qu'elle produit, mais elle n'introduit dans la cause aucune modification, aucun mouvement, aucune réalité nouvelle. Donc l'action de la puissance active ne perfectionne pas cette puissance; et le Soleil n'est ni plus ni moins parfait, soit qu'il m'échaulTe, soit que je reste en dehors de ses rayons. Plus encore : une modification accidentelle ne suffît pas j)our introduire la perfection. Une horloge n'est pas plus parfaite en mouvement qu'au repos. Et pour([uoi, sinon parce que sa nature est indifférente au repos et au mouvement? Et pourquoi cette indifférence, sinon parce que ce mouvement ne laisse aucune trace dans la machine qui, après le mouvement, se retrouve identiquement ce qu'elle était auparavant?

L'acte qui constitue la perfection est donc l'acte qui termine une appétence intime, suivant l'axiome : Potentia appétit acliim; c'est l'acte corrélatif à une puissance passive; c'est l'acte par lequel existe ce qui n'était d'abord que possible.

3. — Distinction de la perfection formelle et de la perfection

finale.

Ces considérations étaient opportunes; car s'il est im-

(l) s. Thomas, 1" IP, q. 3, uri. 2.

portant de ne pas confondre la perfection formelle et la perfection finale, il est aisé de les distinguer au moyen des puissances qui correspondent à chacune d'elles. Avant qu'un être existe en soi, il n'est encore qu'en puissance ; mais cette première puissance n'est, en elle-même, que le terme d'un concept, ens rationu ratiocinatœ, et ce concept doit sa légitimité à l'existence de la puissance active qui lui correspond. Aussi l'adage : Potentiel appétit actum, ne peut avoir ici qu'un sens métaphorique; et la cause, en même temps qu'elle réalise l'effet, lui donne sa perfection formelle.

Mais il peut se faire que cette perfection formelle, telle qu'elle a été réalisée par la cause, contienne la possibilité d'une perfection ultérieure. Un gland parfait peut devenir un chêne, un enfant parfait peut devenir un homme. Remarquez-le : dans ces exemples, c'est le même être qui peut devenir ce qu'il n'est pas encore, et il peut le devenir en vertu do ce qu'il est déjà. Cette possibilité est donc fondée sur une réalité, cette puissance passive fait partie intégrante d'un acte, et son sujet peut devenir parfait de sa perfection finale, en vertu môme de sa perfection formelle.

J'ai dit : en vertu, et de fait, c'est le mot qui exprime le mieux la pensée qui nous occupe. Aussi la puissance passive qui correspond à la perfection finale se nomme une virtualité. Le gland est « virtuellement » un chêne, l'enfant est « virtuellement » un homme, et la perfection finale est atteinte, lorsque chaque être est devenu « actuellement )) ce qu'il était d'abord << virtuellement ». En un mot, la perfection finale est le terme d'une virtualité.

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