CHAPITRE IV. DE LA PERFECTION
à agir, distingue deux espèces de puissances, qu'il nomme
potentia ad esse et potentiel ad agere. Puis il ajoute :
Sed potenlia ad esse se tenet ex parte materitc quœ est ens in potentia. Potentia autem ad agere se tenet ex parte formée qua; est principium agendi, eo quod unumquodque agit in quantum est actu (1).
La première puissance est donc une pure passivité qui réside dans la matière, ou dans ce qui tient lieu de matière. La seconde s'appuie sur la forme, c'est-à-dire sur l'acte et elle tend à agir; c'est une puissance active.
Eh bien, réunissez ces deux puissances dans le même sujet; concevez un être qui soit en possibilité de devenir, précisément parce qu'il est en puissance d'agir; concevez un être qui ne soit pas encore tout ce qu'il peut être, mais qui puisse le devenir en vertu d'une activité qu'il possède déjà. Alors vous aurez une virtualité, c'est-à-dire une activité faisant partie de la perfection formelle d'un sujet et le poussant vers sa perfection finale. Alors vous aurez une activité immanente, c'est-à-dire une activité dont le principe et le terme sont dans un même sujet à la fois passif sous un rapport et actif sous l'autre. Alors l'axiiMuc : Potentia appétit actum, aura un sens très réel: car il y aura dans le sujet qui n'est pas encore ce qu'il peut devenir, une inclination réelle, un principe actif de tendance vers une complète actualité; il y aura une appétence qui demande à être rassasiée.
Pour définir la virtualité qui tend au mouvement, on pourrait donc s'inspirer de la délinition du mouvement luimême. « Le mouvement, dit Aristote, est l'acte de l'être en puissance, en tant qu'il est en puissance. » On peut dire : « La virtualité est la puissance do l'être en acte, en tant qu'il est en acte ». — C'est une puissance passive; car
(1) s. Thoinas, I> ir, ^[. :>b, arl. 2.
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c'est un vide à remplir. Mais c'est la puissance d'un être en acte; car c'est l'appétence d'un être qui applique à se rassasier tous les efforts de son activité existante.
C'est dans cette virtualité qu'il faut aller chercher la distinction entre la perfection formelle et la perfection finale. D'une statue éjjauchée d'aljord et achevée ensuite, on ne dira pas quelle a eu d'abord une perfection formelle, puis une perfection iinale; mais on dira que, d'abord formellement imparfaite, elle est devenue formellement parfaite. C'est que dans le marbre inerte et toujours uniquement passif, on ne peut rencontrer aucune virtualité qui le pousse à être ce qu'il n'est pas encore.
Pour qu'on puisse distinguer entre la perfection formelle et la perfection Iinale, il faut un système doué de forces intérieures dont l'activité modifie le système lui-même pour l'amener d'un état initial à un état final.
C'est ainsi que l'on peut considérer l'acte Créateur, comme s'étant borné à produire les éléments matériels avec leurs forces intimes, et à les placer dans certaines positions convenables. Puis la création proprement dite a cessé; et tous les éléments, exerçant leur activité sous le regard agissant de Dieu et se groupant en vertu de leurs forces intérieures, ont peu à peu amené les cieux et la terre à leur perfection finale.
Mais, quelque splendide que soit cet exemple, il ne fait pas comprendre l'essence d'une véritable virtualité. Car les éléments matériels ne se perfectionnent pas en se groupant; les cieux et la terre sont un « résultat » complexe, et ce n'est que par métaphore qu'on peut attribuer aux états précédents de la matière une tendance et un appétit vers un état final.
Pour rencontrer une véritable virtualité, il faut rencontrer un être déjà existant, qui sans cesser d'être ce qu'il est, tend intrinsèquement à devenir ce qu'il n'est pas; il faut remonter jusqu'à la vie. C'est dans les êtres vivants que l'on distingue bien la perfection formelle et la perfec-