PREFACE. XI
prit, composées pour égayer les fêtes de famille, enfin cet air finement railleur, mais tempéré de bonhomie, que trahissait un léger plissement au coin de l'œil. On retrouve, en lisant son œuvre écrite, quelque chose de cette vie débordante, dans certaines hardiesses de pensée et d'expression, dans cette vive allure qui fait défiler en bon ordre des bataillons de concepts subtils, et qui porte sans languir le poids d'une vaste érudition, dans l'humeur belliqueuse, quasi épique, avec laquelle il retrace les passes d'armes brillantes des tournois scolastiques, comme la querelle acharnée des Universaux (1) ou les démêlés ardents entre Thomistes et Molinistes (2), dans les heureuses saillies d'un tempérament de lutteur, dans le tour moderne dont il excelle à revêtir des pensers antiques. C'est ainsi que ce philosophe, qui est devenu par la réflexion le contemporain des docteurs du xii% xnf et xvi* siècles, reste l'homme de son temps, très actuel et très vivant.
Ce qui achève de gagner complètement la sympathie du lecteur, c'est qu'à mesure qu'il avance dans l'étude des ouvrages du Père de Régnon, sa parfaite droiture intellectuelle transparaît de plus en plus. Sous ce rapport ses œuvres sont encore un lidèle miroir de son àme. Ce fut un esprit éminemment sincère envers lui-même et vis-à-vis des autres. Il ne cherche pas à faire parade de
(t) Cf. Études sur ta Trinité, f. II, 54-59.
(2) Cf. Banes et Motinn, 1. 1, II. Le premier Livre de lianes et Molina est un chef-d'œuvre de narration rapide et animée, dont M^' d'Hulsl, que nous citerons plus bas, a souligné le passionnant intérCl. C'est i'intért^t d'un drame d'idées, qui tut traversé par les péripéties des débals De nuxiliis dirin-r gratin:, et dont le dénouement n'a été connu qu'en 18S1 par la publication d'un document inédit, que le Père Sclinnemann avait découvert dans la bibliothèque du prince Bor^hèse, à Rome {lia nés cl Molinu, p. 57 sqq.).