Cause première et causes secondes
Pendant que nous décrivions les j)ropriétés essentielles de la cause, une difficulté devait assiéger l'esprit du lecteur. Nous avons prouvé que la cause est une substance intelligente et voulante, pure activité et incapable de passivité, immuable dans son être intime et contenant éminemment en soi-même tous ses effets. Or une telle description appelle nécessairement un nom : c'est l'adorable nom de Dieu. N'y a-t-il donc pas d'autre cause que Dieu? et notre métaphysi({ue a-t-elle banni du monde toute autre causalité? S'il en était ainsi, nous aurions fait fausse route; car nier l'existence des causes secondes, c'est plus qu'une erreur, c'est une sottise, au jugement de saint Thomas, si modeste toujours dans ses critiques (1).
Qu'il y ait une cause telle que nous l'avons décrite, cela résulte de tout ce que nous avons dit; nos études précédentes n'ont pas été, en définitive, autre chose que la démonstration de l'existence de Dieu par la preuve des causes ; et voilà pourquoi nous avons dû culbuter les oppositions de toutes les doctrines athées.
Mais affirmer la nécessité de la Cause Première n'est pas nier l'existence des causes secondes; tout au contraire, puisque c'est dans les causes secondes que nous avons dû étudier la causalité. Lorsque nous parvenons à la Cause Première, loin d'y trouver une opposition aux causes secondes, nous y trouvons donc la source et le principe de
(1) Hsec positio stulta est; quia ordinem tollit universi, et propriam operationem auferl a rébus, et destruit judicium !-eusus. (S. Thomas, Sentettl., lib. IV, dist. 1, q. 1, art. 4.)