‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 421 sur 581 · CHAPITRE 11. CAUSES ACCIDENTELLES. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE 11. CAUSES ACCIDENTELLES. i

exemple, de pile ou face, la cause qui fait tourner la pièce de monnaie est parfaitement déterminée; par suite, une intelligence connaissant la force d'impulsion pourrait prédire à coup sûr dans quelle position s'arrêtera le mouvement. L'indétermination propre à ce jeu semble donc n'être pas dans les choses, mais uniquement dans rintelligence des joueurs; et il est facile d'appliquer la même analyse à tous les autres jeux de hasard.

Mais, là encore, cette explication n'est que superficielle. Pourquoi Pierre ose-t-il parier pile contre Paul qui lance la monnaie? Parce qu'il suppose que celui-ci ne peut la faire tomber comme il veut. Peu importe que Paul, en donnant l'impulsion, désire pile ou désire face; son intention est vaine, puisqu'elle n'est pas efficace. L'intention influant véritablement sur l'impulsion, est la volonté que la pièce monte plus ou moins haut, tourne plus ou moins rapidement. Mais cette intention n'a pas une influence plus précise; la situation finale n'en dépend aucunement; elle est donc accidentelle, suivant cette parole déjà citée de saint Thomas : Quidquid provenit in effectuprœter intentionem est per accidens (1).

On le voit : l'ignorance du résultat ncst encore ici qu'un conséquent. L'antécédent est l'indétermination même inhérente à ce qui est accidentel.

Il y a plus. Par un merveilleux effort, la raison peut s'appuyer sur cette indétermination antécédente pour dissiper en partie l'ignorance conséquente.

Quand on jette deux dés, il y a hasard dans les points amenés, puisqu'il n'y a pas intention efficace. iMais le mathématicien, observant d'une part les coups possibles, et d'autre part la somme des points amenés à chaque coup, constate une relation entre cette somme et le nombre des coups qui l'amènent (2) Cette loi est une vérité, et par

(1) s. Thomas, Plias.. Iil>. II, lect. 8.

(2) Sotiiintî des poinls 2, 3, i, 5. 6, 7, S, 9, 10, 11, Vl.

Nomlire des coups amenant ceUe somme. 1, 2, 3, 4, 5, 6, 5, 4, 3, 2, 1.

suite l'objet dune connaissance certaine; elle permet d'établir la science des probabilités et de calculer quelle chance est attachée à chaque coup.

Sans doute, tout effet dépend d'une intention. Si donc la monnaie tombe à pile, ce résultat a été décrété par quelque cause supérieure, et c'est ainsi que dans le coup qui fait gagner Pierre, nous rencontrons deux intentions : celle de la cause qui décrète pile, et celle de Pierre qui choisit pile. Mais ces deux intentions sont considérées comme sans influence l'une sur l'autre. Leur rencontre est donc accidentelle; c'est un hasard.

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