Résumé de ce qui précède
La théorie des causes accidentelles résout donc la question du hasard, et explique pourquoi l'on peut dire également que rien n'est dû au hasard, ou qu'il y a des effets provenant du hasard.
« On peut dire raisonnablement que rien ne provient du hasard... On peut dire que la raison n'a rien à voir avec le hasard (1). » Car chacun des faits dont la coexistence est fortuite reconnaît une cause réelle, déterminée, qui n'a rien de fortuit; et d'ailleurs le hasard, étant indéfini, ne peut rien produire de défini. — D'un autre côté, on peut dire que certaines choses sont le fruit du hasard. « Il y a des choses qui proviennent du hasard, mais ce sont des choses qui proviennent accidentellement, et le hasard est une cause accidentelle, et n'est proprement cause de rien (2). »
Une phrase de saint Thomas résume toute cette doctrine :
Cum enhii fortuna sit causa per accidens, sequitur quod a fortuna sit aliquid per accidens. Quod autem est accidens, non est simphciter. Unde sequitur quod fortuna simpliciter nullius sit causa (3).
(1) Aristote, Phijs.. lir. II, ch. v.
(2) Aristole, P/iys., liv. H, ch. v.
(3) S. Thomas, Phys., lib. II, lect. 9.
ClIAPITRK II. — CAUSES ACCIDENTELLES. i65
Pour mieux comprendre cette conclusion, citons encore un autre passage du saint Docteur :
Oportet dicere quod omne quod est per se habet causam; quod autem est per accidens non habet causam; quia non est vere ens, cum non sit vere unum. Album enim causam habet, similiter et musicum; sed album musicum non habet causam, quia non est vere ens, neque vere unum (1).
Admirez la profondeur de cette raison.
Là où un accident arrive, il y a concours, juxtaposition de deux choses qui ne forment pas une unité réelle. Être blanc et être musicien sont deux qualités qui n'ont entre elles aucune réunion intrinsèque. Ces deux qualités sont donc comme juxtaposées dans un même sujet sans se fondre dans l'unité. Musicien blanc ne signifie pas formellement une unité. Or ce qui n'est pas un n'est pas être, et ce qui n'est pas être n a pas besoin de cause. Il y a cause du blanc, il y a cause du musicien; mais il n'y a pas une troisième cause du blanc musicien.
Appliquez maintenant ces principes à la question du hasard. Un événement fortuit est le concours accidentel de deux effets. Chacun de ces effets reconnaît une cause réelle, résulte d'une causalité complète, et par conséquent relève raédiatement ou immédiatement d'une intention déterminée et déterminante. C'est ce qu'enseigne Albert le Grand, en affirmant que tout cas fortuit provient toujours de deux choses « voulues >> : Fortuitum se?7iper eausatur ex dunbus inientis. Mais chacune de ces deux intentions se referme sur l'un des effets, sans s'étendre à l'autre; la juxtaposition des effets ne procède d'aucune des deux intentions; elle a lieu par accident. Il en est donc de la simultanéité des deux effets, comme de la coïncidence de deux qualités dans le < musicien lilanc ». Pas d'être véritablement un; donc pas de cause proprement dife, et le hasard n'est cause que de nom.
(1) S. Thomas, I, q. 115, art. '..
'iGG LIVRK Mil. — CLASSIFICATION DES CALSKS.