‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 423 sur 581 · Réduction dernière du hasard · texte numérisé non relu

Réduction dernière du hasard

Mais nous ne pouvons nous en tenir là. Car cette juxtaposition des deu.x ell'ets, quelque accidentelle quelle soit, est cependant une réalité ; et le philosophe, dont le devoir est d'expliquer les effets par les causes, doit remonter jusqu'à ce qu'il trouve la raison suffisante de cette réalité.

Saint Thomas va encore nous servir de guide.

Dictum est supra quod id quod est per accidens. non est proprie ens neque unum. Omnis autem natur» actio terminatur ad ahquid unum, Unde impossibile est quod id quod est per accidens sit effectus per se alicujus naturalis principii agentis. Nulla ergo natura per se hoc facere potest quod intendens fodere sepulchrum inveniat Ihesaurum... Et ideo dicendum est, quod ea qua^ hic per accidens aguntur, sive in rébus naturaUbus, sive in humanis, reducuntur in aliquam causam pra?ordinantem, quse est Providentia Divina. Quia nihil prohibet id quod est per accidens accipi ut unum ab aliquo intellectu; alioquin intellectus formare non posset hanc propositionem : « Fodiens sepulchrum invenit thesaurum ». Et sicut hoc potest intellectus apprehendere, itn potest efficere fi).

Nous voilà enlin parvenus à une cause où l'esprit peut s'arrêter. Le complexe, la juxtaposition accidentelle, trouvent la raison de leur unité et de leur vérité dans une intelligence et une intention. Et c'est ainsi que le hasard dépend lui-même dune intention supérieure.

Et sic nihil prohibet ea quie hic per accidens aguntur, ut fortuita vel casualia, reduci in aliquam causam ordinantem, quio per intellectum agat, et prtecipue intellectum divinum (2).

Mais ici, il faut une grande attention pour ne pas se méprendre sur le rôle de cette cause ordonnatrice. Elle veut reti'et comme elle le connaît; elle le connaît comme il peut exister, c'est-à-dire comme le concours accidentel

(1; S. Thomas, I, q. 116, art. 1.

(2) Id.. Ibid.

CHAPITBK II. CAUSES ACCIDENTELLES. ÏQ7

de deux causes. Son influence se borne donc à permettre, sans la produire, la coexistence des deux effets qui se rencontrent.

Nous trouvons bien, dans le même passage de saint Thomas, plusieurs exemples pour expliquer le rôle de cette intention supérieure. — Ainsi, un maître envoie séparément ses serviteurs en un même lieu, sans prévenir aucun de l'ordre donné aux autres. Pour les serviteurs, leur mutuelle rencontre est fortuite, et, pour le maître, elle est un événement parfaitement prévu. • — Ainsi encore, quelqu'un, qui sait où est enfoui un trésor, pousse un paysan qui l'ignore à creuser un sépulcre en ce lieu. La découverte du trésor est un heureux hasard pour ce dernier, bien qu'il soit un événement prévu par le premier.

.Mais ces deux exemples auraient besoin d'être discutés avec un grand soin; car l'instigation et surtout le commandement ont une influence efficace sur l'effet produit, et peuvent être considérés comme causes efficaces d'un eflét qui dès lors n'est plus attribuable au hasard.

Nous nous arrêterons là sans résoudre cette difficulté, sur laquelle insiste Albert le Grand dans un passage très curieux à étudier (Ij. Pour l'approfondir davantage, il faudrait embrasser toute la grande question de la contingence, et cette question doit être réservée pour un traité de la Cause Première.

(1) Alb. iMaj;!!., P/iysic, lili. II, Iracl. 2, cai». x et cap. xxi.

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