CHAPITRE III. — CAUSES INSTRUMENTALES . '1-8I
elle pas le réel instrument de ma haine? Oui, sans aucun doute; car la cause principale est celle à qui on attribue l'effet, et je suis réellement coupable, responsable de la blessure causée par la hache.
Maintenant que nous voilà prémunis contre des interprétations inexactes, cherchons la signitication vraie et métaphysique des mots « vertu de la cause principale passant par l'instrument ».
Dans le livre précédent, il a été constaté que la raison complète d'un effet unique supposait une cause finale, une cause efficiente, une cause formelle, et une cause matérielle si l'effet est matériel. Plus simplement : le circuit de la causalité contient essentiellement une fin, un agent, un effet conforme à la fin.
Or, lorsque dans ce circuit nous introduisons un instrument, nous ne prétendons pas par là multiplier les effets. Dans ce nouveau cycle, il n'y a encore que le seul effet déterminé par l'intention, et par conséquent lïnstrument ne devient pas, à proprement parler, le sujet d'une passion, il ne subit pas d'action. La cause instrumentale reste ce qu'elle est par nature, c'est-à-dire cause, mais elle devient instrumentale, parce qu'elle obtient d'être cause de l'effet voulu par l'intention. — Et que faut-il pour cela? — Il faut et il suffit que son action soit déterminée à cet effet. — Mais la détermination de l'effet et par suite de l'action provient de la cause finale. — Sans doute, et par conséquent, ce qui constitue l'état instrumental, c'est une certaine communication de l'intention. — Mais l'instrument n'est pas en rapport immédiat avec la cause finale, dont elle est séparée par la cause efficiente principale. — C'est encore vrai; donc cette communication de l'intention procède de rinfiuence active de la cause principale déterminant l'action de l'instrument, en appliquant son activité à l'effet voulu. Et, tant que cette influence persiste, l'instrument agit comme s'il connaissait l'intention, comme s'il se déterminait lui-momc par cette intention.
Voilà comme il faut comprendre cette phrase de saint. Thomas : « Instrumentum non agit actionem agentis principalis iwo]^riai virliUe, sed virtiUe principalis agentis (1). »
Ce mot « vertu » ne signifie donc pas une qualité, une disposition de l'activité, qui la perfectionne pour la faire agir. Il signifie l'influence de la causalité finale qui a son principe permanent là où réside l'intention efficace, et qui n'afi'ecte l'instrument que pour parvenir jusqu'au patient où est son terme. Et voilà encore comme il faut comprendre cet autre passage de saint Thomas :
Instrumentum non operatur, nisi in quantum est motum a principal! agente quod per se operatur. Et ideo virtus agentis principalis habet^je/-?«Y//î?/2.<; et complelinn esse in natura; virtus autem instrumentalis habet esse transiens ex uno in aliud, et incompletum, sicut et motus est imperfectus ab agente in patiens (2).
4. — L'action est commune à l'agent principal et à l'instrument.
Après avoir étudié les rapports de la cause instrumentale à la cause principale, étudions sa relation avec l'effet.
L'action propre du ciseau, en vertu de sa forme, est de tailler la pierre; mais son action, comme instrument du sculpteur, est de faire une statue. Pas un trait de cette statue par où n'ait passé le ciseau. Donc, dans tous ses moindres détails, l'œuvre est etiectuée par le ciseau, en même temps que parle sculpteur. La cause principale et la cause instrumentale produisent ensemble un seul et même effet.
J'ajoute que cet effet ne résulte pas de deux actions différentes se rencontrant dans un même sujet. Le marbre ne subit qu'une seule passion, c'est-à-dire, une seule série de modifications. Or, on s'en souvient, l'action est corrélative de la passion; à une seule passion correspond une seule
(1) s. Thomas, P IP, q. 112. art. 1, ad 1'"". (2] Id., III, q. 62, art. 4.