Relation de l'effet à ses deux causes
Cette distinction entre Faction propre de l'instrument et l'action instrumentale conduit à d'importantes conséquences.
Il n'y a, avons-nous dit, qu'une seule action d'où résulte un seul effet. Il semble donc qu'il n'y ait qu'une relation de l'effet à ses deux causes.
iMais observons que, s'il n'y a qu'une seule action, cette action procède différemment des deux causes ; de l'une elle ^ovi principalement ^ de l'autre elle sort instrumentalement. Dans l'une elle a sa raison suffisante, dans l'autre elle ne l'a pas; et cette distinction réelle suffit pour qu'on distingue deux relations diverses de l'effet à ses causes.
Certes, toute la statue a subi l'influence du ciseau ; mais quelle a été l'action propre de ce morceau d'acier? Enlever des éclats de marbre et voilà tout. Les creux et les reliefs du bloc proviennent du ciseau. Mais dans un Apollon du Belvédère, n'y a-t-il donc que des creux et des reliefs? La forme humaine, la majesté du port, la souplesse et la gTàce n'ont pas leur raison suffisante dans le ciseau ; et ce pendant c'est proprement l'assemblage de ces qualités qui fait que le bloc soit une statue et une belle statue, et c'est uniquement du génie de l'artiste cjue procèdent toutes ces perfections.
Une distinction scolastique trouve ici une heureuse application. La statue provient « tout entière », tola, soit du sculpteur, soit du ciseau. Mais du sculpteur elle provient « toute et totalement », tota et totaliter ; et du ciseau, elle pro\ient « toute mais non totalement », tota et non totaliter.
(1) s. Thomas, III, q. 02, art. 1, ad 2"'".