‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 441 sur 581 · Comment un être intelligent peut être un instrument · texte numérisé non relu

Comment un être intelligent peut être un instrument

.lusqu'ici j'ai toujours pris pour exemple d'instrument un sujet matériel, afin de mieux montrer que l'instrument est, en tant qu'instrument, étranger à l'intention qui l'applique

(1) s. Thomas, \' \\% q. 16, art. 3.

(2) Suarez, loco dtato.

(3) S. Thomas, 1' 11', q. IG, art. 1.

488 LIVRK Mil. CLASSIFICATIOxX DES CAUSES.

à l'œuvre, et qu'il appartient exclusivement à l'ordre des causes executives.

Mais la définition, que j'ai donnée de la cause instrumentale, nous permet de comprendre comment un être intelligent peut agir instrumentalement.

Pour cela, il suffit de deux conditions : la première est que rintenlion qui le détermine dans son action ne procède pas de lui, mais vienne d'un autre; la seconde, qu'il exécute cette intention, non pas précisément parce qu'il l'approuve et la fait sienne, mais parce qu'il obéit à un commandement qui s'impose à son activité et l'applique à l'œuvre. Ici, des exemples seront plus clairs que de longs développements.

Lorsqu'un tyran faisait périr un martyr par la main de son esclave, celui-ci frappait quelquefois à regret, mais il obéissait par peur, par contrainte ; et en obéissant il devenait la cause instrumentale d'un crime dont toute l'horreur rejaillissait sur le tyran.

Ainsi encore, lorsqu'un prince ordonne à son secrétaire d'écrire une lettre sous sa dictée, voire même, de rédiger un décret dont il lui détermine le sens et les considérants, le secrétaire, astreint à obéir par l'obligation de sa charge, devient cause instrumentale d'une œuvre dont le mérite et la responsabilité reviennent au prince.

Je sais bien que la question se complique, lorsqu'on tient compte de la liberté essentielle à tout être intelligent; l'homme est toujours libre de se soumettre ou de ne pas se soumettre au commandement d'autrui, et c'est en vertu de cette liberté aliénable qu'il encourt par sa coopération une part de responsabilité. Sa faute ou son mérite consistent précisément dans sa volonté d'obéir au commandement; mais, en obéissant, il n'est que la cause instrumentale de l'opération exigée de lui.

8. — Définition de la cause principale. Il ne peut y avoir de cause instrumentale, sans une cause

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