CHAPITRE III. — CAUSES INSTRUMENTALES. i
principale qui Tapplique à l'œuvre ; mais il peut y avoir une cause principale qui agisse sans intermédiaire. De là, deux manières de considérer la cause principale, savoir, en elle-même ou dans sa relation avec la cause instrumentale.
Considérons d'abord en elle-même la cause principale. C'est, d'après la définition vulgaire, la cause à laquelle on peut attribuer l'effet au sens propre et sans explications. Et que faut-il pour cela? Il faut et il suffit qu'on trouve dans la cause la raison suffisante de Teffet, c'est-à-dire la raison non seulement qu'il soit, mais encore qu'il soit tel qu'il est.
En d'autres termes, non seulement il faut que l'agent possède une activité naturelle qui puisse s'étendre jusqu'à l'eflet; mais il faut encore que la nature de l'effet soit contenue dans la nature de la cause, suivant l'adage : Omne agens agit simile sibi.
Saint Thomas exprime le premier de ces caractères par cette phrase : « Agens principale est, quod per suam formam agit(l) ». Il expose le second dans le texte suivant :
Duplex est causa agens, principalis et instrumentalis. Principalis quidem operatur per virtutem sua^ formœ, cui assimi-
latur efiectus, sicut ignis suo calore calefacit Causa vero
instrumentalis non agit per virtutem suœ formte, sed solum per motum quo movetur a principali agente. Unde effectus non assimilatur securi, sed arti quie est in mente artiticis (2).
Si donc on s'en tient à la considération formelle de la cause efficiente, c'est-à-dire, si l'on considère l'agent uniquement dans l'ordre effectif, on peut définir la cause principale d'un effet comme il suit : « La cause principale est la cause qui contient dans sa propre nature toute l'activité nécessaire à la production de l'effet.
A ce point de vue, le soleil est cause principale de la
(1) S.Thomas, I, q. 18, art. .•?.
{•î) Id., 111, q. 62, art. 1.
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chaleur terrestre, l'arbre est cause principale de son fruit, l'animal est cause principale de ses mouvements.
Mais considérons maintenant la cause principale en opposition à la cause instrumentale. Il faut alors tenir compte de la cause finale, puisque son concept entre explicitement dans la notion de l'instrument.
L'instrument sert, donc l'agent principal emploie ; l'instrument est appliqué, donc l'agent principal applique; l'instrument reçoit une intention, donc l'agent principal la fournit, et pour la fournir il faut qu'il la possède. On peut donc donner de la cause principale la définition suivante : « C'est l'agent qui poursuit, par lui-même ou par d'autres, l'exécution d'une œuvre dont il contient l'intention. »
Remarquez que cette définition est renfermée implicitement dans la première que nous avons donnée; car on ne peut rendre raison d'une opération, à moins de connaître sa cause finale ; en remontant d'un effet à sa cause efficiente, on ne peut s'arrêter avant d'avoir rencontré l'intention qui préside à l'action.
J'entends les heures sonnées régulièrement par an timbre et je me demande à quelle cause attribuer cet effet. — Est-ce au marteau? Non, car il est uniquement pour frapper. — Est-ce aux rouages? — Non, car ils sont uniquement pour transmettre un mouvement. — Est-ce au balancier ou au poids? — Non, car l'un est uniquement pour régler et l'autre uniquement pour entretenir le mouvement? — Quelle est donc la cause principale de l'effet? — C'est l'horloge; car elle a pour but de sonner les heures ; elle contient cette intention dans l'ensemble même de son mécanisme.
Il est vrai, cette intention ne procède pas de la machine elle-même, mais elle y réside exprimée par la disposition des organes: et cela suffit pour que cet ensemble matériel ait quelque droit au titre de cause principale.
A plus forte raison, on pourra dire de l'abeille qu'elle