CHAPITRE III. CAUSES INSTRUMENTALES
est cause principale des cellules qu'elle construit avec ses palpes, car elle agit avec une sorte d'inteution instinctive qui fait partie de la nature.
On le voit : l'intention de FefFet réside toujours dans sa cause principale, c'est-à-dire dans la cause à laquelle on peut attribuer l'effet. Tantôt l'intention est formulée jmr l'agent lui-même, et alors celui-ci est cause principale dans le sens strict du mot. Tantôt l'intention est simplement formulée dans l'agent, et cela suffit pour que l'agent participe à la qualification de cause principale; mais, à vrai dire, ce n'est que par une analogie dont les limites sont vagues et mal déterminées, comme il en est de toutes les analogies.
On pourrait donc résumer toute la doctrine précédente par cette double définition : La cause principale est celle où réside l'intention; la cause instrumentale est celle que traverse l'intention.
Une même cause peut être à la fois instrumentale et principale.
Un architecte, voulant bâtir un palais, fait travailler des ouvriers qui taillent la pierre avec le marteau, coupent le bois avec la hache, élèvent les murs avec la truelle .
L'architecte est cause principale du palais. Car c'est lui qui en a conçu le plan, c'est lui qui en a décidé la réalisation, et c'est lui qui met en mouvement tout ce peuple de manœuvres. Ceux-ci ne sont que des instruments. Car, par eux-mêmes, ils sont incapables de concevoir ou d'exécuter le plan général; et d'ailleurs, leur activité, par elle-même inditl'érento à construire ceci plutôt que cela, a dû être déterminée, appliquée, mise à l'œuvre par l'architecte.
Mais, d'autre part, une fois la t;Vchc particulièi-e distribuée entre les ouvriers, chacun d'eux devient cause j)rincipalc dans sa partie. L'un se propose de tailler la pierre.
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et pour cela il manie le marteau ; l'autre de construire la charpente, et pour cela il se sert de la hache.
Ainsi, tous ces ouvriers, causes instrumentales par rapport à la construction du palais, sont causes principales d'un travail particulier, auquel ils appliquent les instruments de leur métier.
10. — Deux causes peuvent être mutuellement causes principales et instrumentales.
Saint Thomas distingue comme il suit la cause principale et la cause adjuvante :
Adjuvans dicitur causa, secundum quod operatur ad principalem effectum. In hoc tamen differt ab agente principaH, quia principale agens agit ad finein propriura, adjuvans autem ad finem alienum; sicut, qui adjuval regem in bello, operatur ad finem régis '.
Développons cet exemple.
Un roi ambitieux désire conquérir une province; il veut donc la guerre comme un moyen de satisfaire son orgueil. D'autre part, son général d'armée, homme avide, veut la g-uerre comme un moyen de s'enrichir par le pillage ; il excite donc l'ambition du roi et le détermine à cette expédition. Le roi est la cause principale de la conquête, et le général n'en est que la cause instrumentale, puisqu'il a été envoyé par le monarque. Par contre, le g"énéral est la cause principale du pillage, et le roi n'en est que la cause instrumentale, puisqu'il a été poussé à décider cette guerre qui a été un moyen de pillage.
Si l'on analyse avec soin cet exemple, on reconnaît que le nœud qui unit les deux causes principales n'est pas une même fin, mais un même moyen, savoir la guerre. C'est parce que la guerre peut être un moyen d'obtenir deux fins différentes qu'elle peut répondre à deux inten-
(1) s. Thomas, Metaphys., lib. V, lect. 2.