Des causes principalement principales
Nous venons de reconnaître que toutes les causes principales doivent contenir l'intention de leur effet ; mais, pour les unes, l'intention est formulée par l'agent luimême; pour les autres, elle est formulée f/«/i5 l'agent. Il y a entre ces deux états une différence capitale, et il importe de distinguer avec soin ces deux sortes de causes. Nous appellerons les premières : causes principalement principales, et les secondes : causes simpletnent principales.
Au livre consacré à la cause finale, nous avons démontré cette grande vérité que toute action tend vers une fin décrétée d'avance par une intention. La finalité est essentielle à la causalité, tout part de la cause finale qui est le principe déterminant de la cause efficiente : finis movet e/ficicntem. Ov la fia no peut être conçue que par une intelligence et décrétée que par une volonté ; d'où il suit que la cause complète en elle-même est une substance intelligente et voulante. Et voilà pourquoi, loi-squc nous pour-
ïdï LIVRE VIII. — CLASSIFICATION DES CAUSES.
suivions, dans les livres précédents, létude d'une cause efficiente complètement cause de son effet, nous avions toujours en vue une cause formulant sa propre intention, c'est-à-dire une cause principale7iîent pri?icipale.
Là brillaient toutes les gloires de la cause : éminence de nature, immobilité dans l'action, et cette manière de frapper ses effets à son coin comme pour s'en réserver la propriété. Mais, on doit s'en souvenir, nous étions troublés à chaque instant par ces mille causes qui nous entourent dans le commerce de la vie, et qui semblaient se réunir pour donner un démenti à nos plus beaux théorèmes : causes agitées avant d'agir, causes modifiées par leur action, causes sans proporlion avec leurs effets, causes incapables de rien produire à leur ressemblance.
La théorie de la causalité ne peut être complète que lorsque toutes ces anomalies sont ramenées à la loi. Or l'étude des causes instrumentales nous permet de réduire à l'ordre, d'un seul coup, la plupart de ces causes imparfaites.
2. — Les causes aveugles sont comparables à des causes instrumentales.
Je remarque, en effet, que les agents dépourvus de raison, minéraux, végétaux, animaux, peuvent, à la vérité, poursuivre une fin déterminée : mais ce n'est point par eux qu'est formulée cette intention ; elle ne procède pas de leur nature, car elle la précède, et elle y a été déposée par le Créateur.
J'appelle donc ces causes, si vous le voulez, « causes principales », parce que leur activité est de même ordre que le terme de leurs opérations. Mais je pourrais tout aussi bien les appeler « causes instrumentales » ; car ce sont là comme autant d'instruments constitués pour une fin qu'elles ignorent ; ce sont là autant d'activités lancées vers un but qu'elles atteignent aveuglément.
Illa (entia) qua? ratione carent tendunt in finempropter naturalem inclinationem, quasi ab alio mota non autem a seip-