CHAPITRE IV. — CAUSE UU DEVENIR
Larchitecte construit la maison; mais ensuite Tédifice se maintient en vertu de la disposition et des forces de ses matériaux. Aussi, l'architecte peut mourir sans que la maison cesse de subsister (1). L'architecte est cause du devenir ; les forces de pesanteur et de résistance sont cause de la permanence, donc causes in esse.
Cause m fieri, l'architecte agit tant que l'édifice n'est pas achevé, et son action cesse lorsque le devenir est à son terme. Cause in esse, la force intrinsèque des matériaux bien disposés continuera d'agir, et l'édifice ne persistera dans l'existence que sous l'influence incessante de cette force.
Voici bien deux causes distinctes, et, qui plus est, séparables ; et pourtant leurs deux actions sont-elles complètement séparables?
Pendant que les murs s'élevaient, déjà le poids des pierres, déjà leur résistance et leur force intervenaient dans la structure. Dès les fondations, les deux activités de l'architecte et des matériaux ont concouru, les causes de la permanence ont coopéré au devenir.
J'ajoute que l'architecte, à son tour, exerce une influence propre sur la stabilité de l'édifice. Car c'est le choix avisé des pierres, c'est le plan savamment étudié qui assurent la durée de la construction. L'architecte peut donc ne plus agir par lui-même, mais il continue à agir par les forces intrinsèques aux matériaux.
On le voit : il y a deux causes qui coopèrent à l'existence d'un édifice, soit que l'on considère le commencement de cette existence, soit que l'on en considère la durée. Chacune d'elles, prise séparément, est insuffisante à produire l'œuvre; mais leur concours obtient l'effet et le maintient. D'ailleurs, l'architecte prend le nom de cause in fieri, parce que c'est lui qui priîicipalement détermine
(l)«l>e£i'p£Tai YÛp oùx &|ia y| o'ixîa xal ô oIxoô6[ao;. (Arist. Métaphys., liv. V, ch. II.)
510 LIVRK Mil. CLASSIFICATION DES CAUSKS.
la fabrication de l'édifice ; et la force intrinsèque des matériaux disposés prend le nom de cause in esse, parce que c'est elle qui directement maintient la stabilité de l'édifice.