Infériorité de la cause •• in fieri
Jç dis qu'une cause, uniquement cause in fieri, est une cause indigente, qui ne peut rien sans le concours de la cause in esse. Pour le prouver, il n'y a qu'à répéter ce que nous venons de faire remarquer. Le devenir et la permanence, avons-nous dit, se rencontrent dans Yexistence. Mais ce n'est pas là un contact fortuit de réalités étrangères l'une à l'autre; un être persiste tel qu'il existe, et il existe tel qu'il est devenu. Donc la cause de la permanence est non seulement cause de l'existence, mais elle a dû coopérer au devenir.
Comme je le disais tout à l'heure, à peine les fondements d'un édifice sont-ils jetés, que déjà les forces des matériaux maintiennent les pierres et permettent un travail ultérieur. Il en est toujours ainsi, quelle que soit la complexité de l'opération. Lorsqu'une œuvre passe par plusieurs étapes avant de parvenir à son état définitif, dans chaque étape, on peut distinguer la cause in fieri et la cause in esse, et constater qu'elles se prêtent un mutuel concours. A l'étape suivante, les causes peuvent être toutes différentes des premières ; mais finalement, à la dernière étape, il y aura concours d'une dernière cause in fieri, et d'une dernière cause in esse qui persistera pour maintenir la permanence de l'effet.
Ainsi, dans la construction d'une voûte, les ouvriers placent les pierres, en les soutenant par des cintres de bois ; c'est la première étape. Puis le maître pose la clef de voûte sur laquelle s'appuiera dorénavant tout l'ensemble, et l'on fait disparaître un échafaudage devenu inutile.
Albert le Grand dit à ce sujet :
Artifex, separata causa est efficiens doiims, et ideo potins est causa xdificntionis domus quam c.v.sc domus; et cum esse donius sit ligura contignationis, clavus ultimus lenens donium in débita figura, et continue influens lentionem illam secundum actum, est causa efticiens proxiina ipsius esse domus. Kl de
512 LIVRE Mil. CLASSIFICATION DES CAUSES.
hujusmodi causa dicil Avicenna, quod intelligitur illud quod dicit Âristoteles, quod posita causa secundum actum ponitur effectus, et destructa destruitur (1).
On le voit donc, la cause, uniquement cause in fieri, est insuffisante par elle seule à faire devenir l'effet. Jusque dans l'influence qui lui est propre, elle a besoin d'une coopération fournie par une cause in esse. Donc c'est une cause incomplète.