‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 47 sur 581 · Résumé · texte numérisé non relu

Résumé

Telle est la doctrine péripatéticienne sur le passage du singulier à l'iinivorsel par le moyen de l'induction. Considérée dans cette généralité, elle est inattaquable, puisqu'elle n'est que l'expression d'un fait expérimental.

Le sensation, bien qu'elle ait pour objet l'être individuel, atteint cependant dans cet objet l'universel dune certaine manière : Singulare sentitiir proprie et per se, sed tamen sensus est quodammodo etipsiusuniversalis. Car, lorsque nous voyons deux hommes individuellement différents, il y a quelque chose de commun et d'identique dans les deux sensations que nous éprouvons. A la vérité, ce n'est

pas proprement le sens qui discerne et recueille cet universel dispersé dans les existences individuelles. L'intelligence seule jouit de cette puissance; mais elle se sert pour cela de l'induction, sorte de comparaison entre plusieurs sensations; et je ne fais là que traduire cette élégante phrase d'All3ert le Grand : « Hoc est per inductionem et experimentum, per qu* universale quod est sparsum in singularibus colligitur (1). » Tantôt un seul exemple suffira, tantôt plusieurs seront nécessaires. Mais il importe de bien le comprendre : le nombre d'observations et de souvenirs n'est pas ww facteur (comme on dit aujourd'hui) de la notion universelle. S'il est vrai que l'intelligence humaine, pour connaître l'universel, doive employer l'induction, il est également vrai que la notion d'universalité et la notion de nécessité ne procèdent pas de l'induction, mais d'une puissance native, glorieux privilège de l'intelligence.

Albert le Grand cite à ce sujet et approuve une belle formule : v< Et hoc est quod dicit Micliael Ephesius, quod inductio ministrando et off'erendo, universale manifestât, potius quam docendo et arguendo (2). »

L'induction n'est donc pas une maîtresse dictant des leçons, mais une servante préparant et offrant à l'intelligence un objet que celle-ci reconnaît et saisit par ellemême. L'induction recueille quelques individus, et l'intelligence perçoit l'espèce commune; l'induction groupe quelques espèces, et l'intelligence perçoit tout le genre. En un mot, l'universel s'olfre aux sens, noyé dans mille accidents et propriétés individuelles (3); par l'induction l'àme le dégage, et par elle-même elle le perçoit.

Si j'osais donc à mon tour proposer une comparaison, je dirais : « l'induction est le chemin du particulier à l'uni-

(1) Alb. Magn., Ethic, lib. VI, tr. 11, cap. m.

(2) Ibld.

(3) Universale quod mixtiim et confiisuin e>t in singularibus. (Alb. Mag., Poster. Analyliq., lib. II, tract, v, cai'. i."i

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