Infériorité des causes précédentes
L'analyse précédente nous a fait constater que, dans tous ces exemples, la causalité est minime.
Le mouvement de la bille choquante n'est qu'une condition requise pour son action sur la bille choquée, et s'il y a relation entre les deux mouvements suliséquents, cette relation provient autant de la réaction que de l'action. — L'étincelle peut, il est vrai, allumer une première feuille morte; mais l'incendie est produit par le vent, l'air et l'amas de matières comljustibles. — Le maître présente à l'élève sa leçon; mais c'est par son propre travail que celui-ci parvient à l'apprendre. Autant de causes incomplètes, et d'une faible causalité.
D'ailleurs, sauf l'exemple du maître qui enseigne, les autres exemples sont tous empruntés à des causes matérielles qui ne peuvent ni concevoir un plan, ni former une intention ; ce ne sont sous ce rapport que des causes instrumentales. — La cause <( principalement principale » du mouvement des billes est le joueur qui emploie l'une pour mouvoir l'autre. — La cause « principalement principale » à laquelle il faut attribuer l'incendie de la forêt, est le malfaiteur qui applique la première étincelle aux herbes sèches, à moins toutefois que ce désastre ne soit accidentel.
Au-dessous des causes intelligentes et voulantes, il n'y a plus que des causes que vous pourrez peut-être nommer causes principales, mais dont l'action a un caractère bien instrumental.
En outre, toutes ces causes dites univoques sont des causes simplement in fieri. — La bille choquante donne ce mouvement, soit; mais elle ne l'entretient pas, et la bille choquée, continuant à se mouvoir quoi qu'il advienne du corps qui l'a heurtée, reste cause in esse de son propre mouvement, et cette persistance est, peut-être, la preuve que l'inertie est une propriété positive des corps. — L'étincelle
CUAPITRK V. CAUSES INIVOQUES. 519
commence l'incendie, soit ; mais celui-ci se nourrit et se propage de lui-même. — Le musicien forme le musicien, soit; mais lorsque l'élève n'a plus rien à apprendre, il quitte son maître et n'en dépend plus.
Toutes ces causes peuvent disparaître et leurs effets persister. Elles ne sont que des causes in fieri, et cela doit suffire pour nous convaincre de leur infériorité.
Donc, de quelque façon qu'on regarde ces causes, on les reconnaît imparfaites, inférieures, peu causes. Il est donc inutile de nous y arrêter davantage, et nous n'avons vraiment à étudier les causes univoques que dans les générations.
ARTICLE II