‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 479 sur 581 · CHAPITRE V. CAUSES UNIVOQUES · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. CAUSES UNIVOQUES

par sa nature immatérielle, répond à l'universel, c'est-àdire se rapporte, à la fois et par elle-même, à tous les individus de même forme spécifique, comme à autant de termes où elle peut être réalisée.

Force est de conclure que la cause vraiment suffisante, la cause « de soi cause », per se causa, est la cause capable de concevoir l'idée, et de la réaliser suivant l'étendue de son universalité. En un mot, c'est la cause de l'e.spèce et, par conséquent, la cause principale de la forme spécifique partout où cette forme existe.

Il en est ainsi (pour donner un exemple bien imparfait, mais facile à comprendre) des œuvres artistiques. Quelque nombreuses et dispersées que soient les reproductions du Moïse, on doit dire de toutes ces statues qu'elles sont l'œuvre de Michel-Ange. Tel copiste a bien pu introduire dans ce marbre individuel l'idée du maitre; il a pu faire que ce marbre soit devenu un Moïse; mais Michel-Ange demeure la seule et véritable cause nu Moïse, et par conséquent il est cause principalement que ce marbre soit ux Moïse.

On peut donc traduire comme il suit le texte précédent de saint Thomas : L'n agent univoque ne peut être la cause complète de son effet, car il n'est pas la cause vraie de la nature spécifique de cet effet. — Il n'est pas la cause de cette nature ; car il n'est pas la cause qu'elle existe partout où elle existe, puisqu'elle existe en soi et qu'il n'est pas sa propre cause.

Citons encore un autre passage où le saint docteur enseigne la même doctrine :

Quod est secunduni ;iliquam naturam tantum, non polest esse simpliciter illius nulura' causa; esset enim ipsiusniet causa. PotesL aulem esse causa illius natiira? in hoc; sicut IMato est causa humuna^ natura* in Sorrah; non antem simplicilt'r, eo quod ipseest crealus in liumana natura. Quod autem est causa alicujus in hoc, est atlribuens naturam conmiuneni alicui pcr quod specificalur vel individuatur 1).

(1) S. Thomas, Coiilr. (jenl., lib. 11, cap. xxi, ration. 7.

DLS CAisr.s. Q.

530 LIVRK Mil. — CLASSIFICATION DKS CAUSES.

Le rôle de la cause univoque se borne donc à placer dans un sujet individuel une nature dont elle n'est pas l'auteur, et c'est là une causalité d'ordre inférieur.

Ainsi un canal est cause à sa manière qu'une citerne soit pleine d'eau; il n'est pas cause de l'eau, mais il est cause de Veau dans cette citerne. Ainsi, pour reprendre l'exemple de tout à l'heure, lorsqu'un statuaire reproduit le chef-d'œuvre de Michel-Ange, il n'est pas cause du Moïse, mais il est cause du Moïse dans ce marbre.

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