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Rôle du physicien et du naturaliste

Les sciences physiques et naturelles ayant pour point de départ l'observation des phénomènes sensibles et matériels, le j)reinier devoir du savant est d'observer exactement les phénomènes. Mais, la science, n'étant pas une simple énumération de faits individuels, le savant doit rechercher les lois des phénomènes et les causes des effets. Or, puisqu'il part du phénomène particulier et de l'effet individuel pour parvenir à la loi et à la cause générale, la méthode qui lui est imposée est de passer d'abord par la loi spéciale de ce phénomène et par la cause prochaine de cet efïet. On peut donc dire que le rôle du physicien est

(1) II Machab., cap. vu, vers. 22.

CHAPITRK V. — CAUSES UMVOQUES. 535

de rechercher l^s causes prochaines , remontant ainsi des causes plus prochaines aux causes plus générales jusqu'à la cause universelle.

Il résulte de là que, tandis qu« la considération de la Cause Première domine toute la métaphysique, cette même Cause Première est le dernier terme vers lequel l'étude des causes prochaines conduit le physicien.

Il est vrai, l'idée de loi, de cause et d'ordre, préside à la science physique comme à toute autre science, et par conséquent, la métaphysique est la science des sciences, comme la Cause Première est la cause des causes; mais encore une fois, c'est par les causes prochaines que le physicien doit passer pour atteindre les causes plus universelles.

C'est toujours ainsi qu'on a envisagé le rôle des sciences physiques et naturelles. Toujours on a considéré comme peu scientifique d'expliquer les effets particuliers par une intervention immédiate et unique de la Cause Première, lorsque la nature de cet effet ne dépassait pas la puissance des causes secondes.

Bien des gens s'imaginant que la méthode scientifique est d'invention toute moderne, et que le moyen âge se contentait de tout expliquer par les causes occultes ou par le recours à la volonté de Dieu, il ne sera pas, je crois, hors de propos, de faire connaître la doctrine de quelques grands scolasti({ues.

Répondant à des auteurs qui, pour expliquer je ne sais quelle loi physique, se contentaient de faire appel à la nature intrinsèque des choses, Suarcz s'exprime ainsi :

Quic ratio explicatione indiget, ne videalur tola res ad ncculLam rei naluram rcvocari; ([uod non tam est ralioneni rcddere, quam ejiis ignorantiam fatcri 1).

— Ailleurs, pour réfuter je ne sais quelle autre théorie physique, il se contente de montrer qu'elle entraîne un

(1) Suarez, Metaphys., disp. x\i, secl. 3, n" 14.

o3G LIVRK VIII. — CLASSIFICATIOX DES CALSES.

recours inutile à l'intervention immédiate de la Cause Première :

Non potest ergo ex naturalibus causis ratio talis actionis reddi, sed oportebit recurrere ad primam causam... quod sane philosophicum non est, prœsertim ubi nuUa ratio vel experientia cogit (1).

Un autre grand métaphysicien de la fin du seizième siècle, Fonseca, dans un passage où précisément il soutient la nécessité, pour un certain eiFet, de l'intervention divine, remarque cependant cfii'en général on ne doit pas recourir sans discrétion à la volonté de Dieu, et que le savant doit s'abstenir de cette réponse : « Il en est ainsi, parce que Dieu l'a voulu ainsi ». Car, dit Fonseca, le plus ignorant peut donner une telle raison pour toutes les choses naturelles. Bien plus, le môme auteur nous apprend que, de son. temps, lorsqu'un défendant aux abois recourait à la volonté de Dieu, on disait ironiquement qu'il mettait à profit le droit d'asile de l'Église (2).

Ces grands auteurs que je viens de citer ne faisaient d'ailleurs que maintenir l'antique tradition, telle que l'École l'avait reçue de saint Thomas lui-même. Car voici l'enseignement du saint Docteur :

Sic ergo cum quœritur propter quid de aliquo effectu naturali, possumus reddere rationem ex aliqua proxima causa, dum tamen sicut in primam causam reducamus omnia in voluntatem divinam... Unde, si quis respondet quœrenti quare lignum calefactum est : << quia Deus volait », convenienter quidem respondet, si intendit reducere qusestionem in primam causam; inconvenienter vero, si intendit omnes alias excludere causas (3).

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