CHAPITRE V. — CAUSES UNIVOQUES
faits, tel est donc l'objet de la science physique en tant que la physique embrasse toute la nature matérielle.
Encore une fois, lorsque je dis « établir les faits », je n'entends pas simplement par là observer les phénomènes individuels, mais bien découvrir les lois qui régissent ces phénomènes. Ainsi la loi de la chute des graves est un fait établi par une série d'expériences. De même, en chimie, les lois qui régissent les combinaisons sont autant de faits dûment observés.
Quant aux causes prochaines, ou bien elles tombent sous l'observation directe, comme le tlux et le retlux des eaux rend compte de l'érosion des rivages; ou bien elles se dérobent à l'observation directe comme la cause du mouvement planétaire. Dans ce dernier cas, le physicien a le droit d'imaginer des hypothèses qui lui permettent de pénétrer là où ses sens ne peuvent atteindre.
Ainsi l'hypothèse de l'attraction universelle explique tous les grands mouvements astronomiques. Ainsi l'hypothèse d'un fluide impondérable et élastique permet de prévoir les jeux les plus capricieux de la lumière. Ces hypothèses doivent satisfaire à deux conditions : ne pas être en opposition avec des vérités d'ordre supérieur, et rendre compte de tous les phénomènes qu'elles sont destinées à expli(|uer. Si, outre cela, elles sont simples et fécondes, il est proba])le qu'elles sont l'expression, au moins partielle, de la vérité.
Or, parmi les faits scientifiques, il faut ranger les relations physiques entre les phénomènes, et c'est en vertu d'un sentiment véritablement métaplujsique que le savant soupçonne qu'il faut rapporter à une cause commune la communauté de relations.