‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 490 sur 581 · En quel sens elle est acceptable · texte numérisé non relu

En quel sens elle est acceptable

Mais l'hypothèso transformiste n'est pas la propriété exclusive des matérialistes. Elle compte parmi ses adhérents des savants dignes et sérieux. Ne peut-on pas lui donner une explication conforme à la saine métaphysique?

Étant donnée la Cause Première, répugne-t-il <]ue, sous la direction et l'influence de cette Cause, la vie organique ait suivi certaines prédispositions de la matière? Uépugnet-il que toutes les diverses espèces vivantes proviennent de (juelques germes primitifs?

Je l'avoue franchement : je ne vois eu cela aucune répugnance. Sachant que, dans la propagation actuelle des espèces, il faut l'intervention de la Cause Première, pour ([ue la vie passe d'un individu à un autre, et qu*^ le père n'est qu'une cause instrumentale dans la génération; sa-

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chant d'ailleurs que plus la cause principale est parfaite, plus elle peut obtenir des œuvres grandes et belles avec un outil grossier, et que la cause instrumentale peut être employée à produire un effet plus noble que soi (1); je me demande si Dieu, qui conserve actuellement les espèces par le moyen des générations, n'aurait pas pu produire cette admirable variété de formes par la voie qui lui sert à les maintenir.

Que si, dans les brutes, il n'y a que de la matière organisée, pourquoi le doigt de Dieu n'aurait-il pas pu diriger les forces matérielles de manière à ce que cette organisation eût lieu?

Que si, dans les animaux, il y a quelque principe qui ne sorte pas de la matière, pourquoi Dieu n'aurait-il pas pu conduire la vertu génératrice de façon quelle disposât la matière à recevoir cette nouvelle forme (2) ?

Je sais bien qu'actuellement la vertu génératrice s'épuise à produire le semblable et qu'un être ne peut engendrer un être plus parfait que soi. Mais ne serait-ce pas parce que cette vertu a été fixée par Dieu pour n'avoir plus uniquement qu'à maintenir et conserver? En tout cas, par soi-même, une cause instrumentale ne contient pas même la raison de la similitude ou de la dissimilitude avec son effet; cette raison dépend de plus haut.

Les considérations précédentes sont moins téméraires et moins nouvelles qu'on ne le pense peut-être. Les anciens scolastiques ont tous admis que les grenouilles et les rats pouvaient naître spontanément de matières corromj)Ues chauffées par le soleil. C'était une erreur provenant d'observations inexactes, je le veux bien. Mais il n'en reste pas moins que les docteurs catholiques n'ont reconnu dans une

(1) Nihil iirohibet causain iiistiumenlaleiii producere polioreni effectuin. (S. Thomas, III, q. 79, art. 2. ad S'^^.)

(2) Homo générât sibi simile, in quantum per virtutem seminis ejus disponitur materia ad susceplionera talis formœ. (S. Thomas, I, q. 118, art. 2. ad 4°'".)

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