‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 491 sur 581 · CHAPITRE V, — CAUSES UMVOQUES · texte numérisé non relu

CHAPITRE V, — CAUSES UMVOQUES

telle opinion aucune contradiction métaphysique ni aucun danger pour la foi.

Ils savaient pourtant que la cause est plus parfaite que son effet, et que le plus ne peut pas sortir du moins. Mais ils savaient que la perfection de l'effet dépend de la cause principale beaucoup plus que de la cause instrumentale. Écoutons saint Thomas réfutant un argument qui concluait à la nature vivante des astres.

Voici r objection :

Causa nobilior est effectu. Sed sol et luna et alia luminaria sunt causa vitse, ut patet maxime in animalibus ex putrefactione generatis, quœ virtute solis et stellarum vitam consequuntur. Ergo mullo magis corpora cœlestia vivant et sunt animata.

Et voici la réponse :

Dicenduni quod corpus cœleste, cumsit movens molum, hahet ralionem instrumenti quod agit in virtute principalis agentis. Et idée, ex virtute sui motoris qui est substantia vivens, potest causare vitam (1).

C'est ainsi que le grand Docteur admettait et expliquait les générations spontanées.

Mais il y a plus. Dans la plénitude de vocation qui fut donnée à saint Augustin, il était contenu que, par ses audacieuses méditations sur la Genèse, il empêcherait l'exégèse biblique de se renfermer dans une enceinte trop étroite, et que son nom, à quinze cents ans de distance, suffirait à protéger les interprétations nouvelles. C'est bien à lui que l'on doit, en particulier, de pouvoir soutenir sans inquiétude la longue durée des intervalles désignés dans la Bible par le mot « jour » (2).

(1) s. Thomas, I, q. 70, art. 3, ad 3""".

(2) Salva revL-renlia Sanclissimo Palri Aiiguslino) débita, inilii |iersuasiim liabeo, laine non esse lilleralein scnsutn, sod lexturn Gcnesis ad lilleram esse de die nalurali, qui per spatinin et durationern unius convcrsionis prinii inobilis lit, esse inlelligendiiin. Ilii',' est coininunior sentenlia Patriini, Basilii, Ambiosii, Chrysostomi, 15cd;e, lUiperli, Nazianzcni, Gre^orii et alidiuin, (juos

DKS CAUSKS. 3.J

54() IJVRK MU. CLASSIFICATION DES CAUSKS.

Or saint Augustin enseigne ({u'à Foriginc des choses, les êtres vivants étaient dans la terre et les eaux à l'état potcnliel, c'est-à-dire que Dieu déposa dans ces éléments inertes une vertu féconde contenant les êtres vivants comme dans leur cause, causaUter (1). Aussi saint Thomas n'ose pas se prononcer contre une aussi grande autorité. De la création des poissons et des oiseaux il dit :

la prhoa rerum institutiono, principium activiuu luit verbum Dei, quod ex nmteria elementi produxit animalia, vel in actu secLindum alios Sanctos, vel virlute secundum Augustinum.

Mais aussitôt il ajoute comme explication :

Non quod aqua aul terra habeat in se virtiitem producendi omnia animalia, ut Avicenna posait; sed quia hoc ipsum quod ex materia elementari virtute seminis vel stellarum possunt animalia produci, est ex virtute primilus elementis data (^^

Remar([uez cette précision. Avicenne supposait que l'eau et la terre pouvaient (Veux-mêmes produire tous les animaux. Ainsi comprise, la génération spontanée répugne à la nature des choses. Mais on peut admettre, avec saint Augustin, qu'à l'origine Dieu avait donné aux éléments une vertu qui est actuellement épuisée.

De même, quand il s'agit de la production des animaux terrestres, saint Thomas propose le sentiment de saint xVugustin conjointement au sentiment commun :

Hic etiam secundum Augustinum, animalia terrestria proi\\\Q.\}ini\xvpolentialiter\ secundum vero alios Sanctos, in actu (.'}).

Ces textes suffisent pour montrer quel sens acceptable

capite prœcedenti retuli, quibiis Magister et Scholastici inagis assentiuntur, (juamvis, propter Augustini mictorilatcm, de illiiis sententia valde. teinperale ac modeste loquantur. (Suarez, De opific. sex dier., lib. I, cap. xi, n" 33.)

(1) Causaliter ergo tune dicturn est produxisse terram herbam et lignum, id est, producendi accepisse virtutem. (S. August., De Genesi ad li((., lib. V, 11" 11.)

(2) S. Thomas, I, q. 71, art. unie, ad 1"".

(3) Id., 1, q. 72, art. unie.

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