‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 494 sur 581 · Movens, — movens motum. — motum · texte numérisé non relu

Movens, — movens motum. — motum

Aristote, au livre VHP de sa Physique, établit une belle distinction par rapport au mouvement. 11 y a, d'abord, le sujet qui n'est que moteur, /.'.vciv, puis le sujet à la fois actif et passif, moteur et mobile, /.-.vciiv •/.'.v:j:j.£vov, et enfin le sujet uniquement mis en mouvement, 7.'.vcj'iJ.£v;v. uniquement patient, uniquement effet, au moins sous le rapport où on le considère. Après une subtile discussion, le Philosophe aboutit à la conclusion suivante :

« Il est donc évident, d'après ce qui précède, que le premier moteur est immobile. Car, soit que le mouvement du mobile provienne immédiatement du premier moteur, soit que le mouvement provienne d'un mobile qui soit en même temps moteur; dans les deux cas, on trouve que le premier moteur dans tous les mouvements est immobile (1). »

()n peut trouver un certain exemple de cette triple distinction dans le mouvement local. Le joueur, sans changer de place, lance une boule qui en chasse une autre. L'homme est moteur immobile, movens; la boule qu'il lance devient, par le mouvement reçu, capable de produire un mouve-

(1) <l>avepôv Toîvuv àx to-jTwv oTt Ï'jx: t6 npwTto; y.tvoOv àxivr.tov... (Arislolc, PhysU/., liv. Vlll, cil. V.

550 LIVRK VIII. CLASSIFICATION DKS CAUSES.

ment; c'est un sujet à la fois mû et moteur, movens motum. Quant à l'autre boule, elle est uniquement patiente, c'est un sujet simplement mû, motum. Si donc on considère l'homme comme la cause première du mouvement, on reconnaît que la cause seconde n'agit que parce qu'elle a d'abord pâti. D'où l'adage : Causa secunda non agit niai mota a causa jirima.

Mais cet exemple est bien défectueux. Car, laissant de côté l'effort et le changement qui ont lieu dans le joueur, je remarque que la bille choquante est une cause très imparfaite, puisque sa causalité est tout accidentelle.

J'aimerais mieux prendre une comparaison dans l'archer, l'arc et la flèche. L'archer bande son arme, et par cette action lui communique une puissance motrice qu'elle n'avait pas jusque-là. L'arc a été patient en subissant cette courbure, et, par là, il est devenu actif, capable de lancer au loin une flèche. La cause seconde ne se contente donc pas ici de transmettre un mouvement tel qu'elle l'a reçu, mais elle a vraiment une action propre, provenant d'une vertu qu'elle tient de la cause première; et on trouve ici la vérification de cet autre adage : Causa secunda agit in virtute primas causœ.

Mais cet exemple ne nous fournit pas encore une influence bien profonde de la cause première sur la cause seconde ; car l'homme, en ployant le bois, n"a fait que mettre en exercice une force élastique dont il n'est pas la cause.

Un exemple incomparablement plus beau se tire de l'homme lui-même lançant une pierre. On y trouve les trois sujets distincts; l'àme, agent immobile, movens; le corps, movens motum; la pierre, sujet patient, motum. Or, d'une part, tout le mouvement local de la pierre a sa source dans l'activité du corps humain; on peut donc, dans un sens vrai, attribuer ce mouvement à l'énergie qu'ont déployée les muscles. D'autre part, cette énergie elle-même, bien qu'empruntée aux forces physiques et chimiques, doit être, dans un sens vrai, attribuée à l'àme; car la vigueur

chapitrh: VI. — causes secondes. 551

n'est qu'une qualité de l'organisme vivant, et l'âme est le principe de la vie, qu'elle donne au corps, qu'elle soutient, qu'elle règle, qu'elle dirige. Nous pouvons donc voir ici une cause première, cause infieri et in es.w d'une cause seconde, lui donnant d'exister et d'être cause à son tour.

Cependant, ici encore, il y a des défectuosités capitales. L'âme anime le corps, mais par une influence dont elle n'a ni la conscience ni la détermination libre. En soutenant l'activité corporelle, elle se comporte plutôt comme une cause formelle que comme une cause efficiente ; et même, lorsque par une volonté délibérée et libre elle commande au corps d'agir, elle ne sait ni comment son vouloir est efficace ni comment le corps lui obéit.

Nous ne devons pas être étonnés que tous ces exemples prêtent à la critique. Car toutes les causes que nous avons considérées sont imparfaites; soit les causes jouant le rôle de cause première, puisqu'il n'y a en réalité qu'une seule Cause Première; soit les causes jouant le rôle de cause seconde, puisque pour trouver des sujets subordonnés dans leur causalité à des causes créées, il a fallu descendre jusqu'aux natures matérielles.

Cependant ces exemples ne sont pas inutiles, parce qu'ils sont des images qui nous aident à méditer sur de plus belles influences, et parce qu'ils nous permettent d'exprimer dans des adages facilement concevables les grands principes de la causalité.

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