‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 499 sur 581 · UAPITRK VI. — CAUSES SECONDES · texte numérisé non relu

UAPITRK VI. — CAUSES SECONDES

comme causes ; car, dans les deux cas, on retrouve l'insondable mystère de la coexistence de l'Infini et du fini. Des créatures, considérées dans leur substance, il faut dire à la fois et qu'elles sont réellement hors de Dieu, puisqu'elles ne sont pas Dieu, et quellessont réellement en Dieu, puisqu'elles dépendent intrinsèquement et essentiellement de Dieu. Des causes créées, il faut dire à la fois et qu'elles ont une causalité propre, réelle, différente de celle de Dieu, sous peine de tomber dans l'Occasionalisme, et que cette causalité relève intrinsèquement dune causalité supérieure, puisqu'un être dépendant dans son actualité est nécessairement dépendant dans son activité.

Pour exprimer cette influence de la Cause Première, les scolastiques ont emprunté leurs expressions au mouvement local et aux actions matérielles, parce que nos concepts sont toujours incarnés dans des représentations corporelles. Ils disent : « La cause première meut la cause seconde; celle-ci n'agit qu'en vertu de la cause première. » Mais cette motion est une influence de même ordre que l'objet qui la reçoit : matérielle s'il s'agit d'un corps, spirituelle s'il s'agit d'un esprit; accidentelle si elle advient à une activité déjà existante, essentielle si elle constitue l'activité même.

Quelques philosophes, admettant que la substance est réellement identique à son activité, soutiennent que l'acte Créateur suffit sans une nouvelle influence à rendre la substance capable d'agir par elle-même. Je ne discute pas le pointde départ de cette théorie; mais quelle que soit l'identité fondamentale, on doit bien reconnaître que les deux concepts de « substance » et de « cause » sont différents, et que les deux mots « exister » et « agir » ne .sont pas synonymes. Donc il y a une raison objective qui oblige à disting-uer l'actualité de l'activité, et cette même raison oblige à distinguer, dans l'influence divine, l'action créatrice (jui a pour terme la su])sfanc<' finie, et la motion qui a pour toi'me la cause seconde. Distinction vraiment scicnti-

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fique, puisqu'elle présente sous un jour nouveau cette vérité première que le fini dépend en mille manières de Tlnfini. Et vraiment, à quoi se réduirait la théodicée elle-même, si, prétextant l'identité des perfections divines, nous nous refusions à les étudier successivement dans leurs concepts formels et distincts?

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