Motion de la Cause Première sur la volonté
Bornons-nous donc à parler de la motion exercée sur la volonté humaine par la Cause Première, et cela sans détails, mais uniquement pour faire comprendre le genre de subordination qui relie la cause seconde à la Cause Première.
Saint Thomas nous explique, dans le passage suivant, le [)rincipe général de cette motion :
Voluntas movetur ab objecto quod est bonum, et ab eo qui causal virtutem volendi.
Potest autem voluntas moveri sicul ab objecto a quocumque bono, non tamen sufficienter eteflicaciler nisi a Deo. Non enim sufficienter aliquid potest movere aliiiuod mohile, nisi virlus activa moventis excédât vel saltem ada'quet virlutem passivam mobilis. Virtus autem passiva voluntatis se extendit ad bonum in universali. Est enim ejus objcctum bonum universale; sii'iiL cl inlellectus objeclum est ens universale. Quodlibet auleni bonum creatum est quoddam parliculare bonum; soins aulem Deus est bonum universale : unde ipse solus implet voluntatcm, et sufficienter eam movcl ul objectum.
Similiter aulem et virtus volendi a solo Deo causatur. Vello enim nihil aliud est quam inclinali(i qu;i'dam in objeclum vo-
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luntatis, quod est bonuiii universale. Inclinare autem in bonum universale est primi moventis, cui proportionatur ultimus finis ; sicut in rébus humanis, dirigere ad bonum commune est ejus qui prteest multitudini.
Unde utroque modo proprium est Dei movere voluntatem, sed maxime secundo modo interius eam inclinando (1).
Rendons-nous compte de cette belle doctrine.
Dieu, ayant donné à l'honime pour fin dernière la béatitude parfaite dans la possession du bien infini, a di^i lui donner une volonté dont Fobjet fàt le bien universel, et de là résulte que la volonté est capable de vouloir les biens particuliers, puisqu'ils sont bons par une participation de la Bonté universelle et créatrice. Mais cette capacité de vouloir le bien dans toute son universalité n'est encore qu'une vertu passive, à laquelle doit correspondre une vertu active. Celle-ci est une inclination vivante et spontanée de la volonté vers le bien. C'est une tendance réelle et positive vers la fin dernière conçue comme béatifiante; c'est un amour naturel et implicite du bien universel, et cet amour peut se porter partout où reluit quelque participation de la Bonté Infinie.
Ainsi correspondent l'une à l'autre la vertu passive et la vertu active de la volonté. Libre de vouloir ou de ne vouloir pas tout bien qui se présente comme bien particulier, parce qu'aucun bien particulier ne remplit sa capacité d'aimer, la volonté veut tout ce qu'elle veut en vertu de son appétence naturelle qui l'incline nécessairement vers le bien universel.
Ceci compris, faites attention à l'enseignement de saint Thomas : cause finale et cause efficiente sont corrélatives, à la fin dernière répond le premier moteur : inclinare in bomim universale est primi moventi, cui proportionatur ultimus finis. A la cause, qui donne à l'homme sa fin dernière, de l'y pousser, de l'y conduire. C'est donc la Cause
(1) s. Thomas, I, q. 105, art, i.