‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 505 sur 581 · CHAPITRK VI. — CAUSES SECONDES · texte numérisé non relu

CHAPITRK VI. — CAUSES SECONDES

demander ce qui met en acte la volonté divine. Saint Augustin ne s'y est pas trompé. Il a vu que mettre en acte une volonté, la mouvoir réellement, était le rôle d'une cause efficiente. Or la volonté divine est Cause Première efficiente; elle ne peut donc être poussée, mue, excitée; elle ne peut avoir de motif proprement dit.

Le motif, en effet, contient deux éléments distincts et connexes. Considéré hors de la volonté, le motif est un bien à acquérir, et la bonté de ce bien en tant qu'elle est perçue par l'intelligence, se nomme la raison du motif, ratio motiva. Considéré dans la volonté, le motif est une force qui l'incline effectivement vers ce bien.

Or il n'est rien qui puisse être pour Dieu un bien à acquérir; il n'est rien qui puisse modifier effectivement l'état de sa volonté. Donc, encore une fois. Dieu ne peut pas subir l'influence d'un motif; toutes ses actions ont une fin déterminée par la sagesse, et par conséquent ont une raison, mais aucune ne dépend d'un motif.

Au contraire, l'homme ne veut rien sans motif. Car les deux éléments du motif correspondent aux vertus de sa volonté : à sa vertu passive, capacité de bonheur, qui s'ouvre pour acquérir ce qui lui apparaît bon; à sa vertu active, inclination vivante, par laquelle il est poussé vers le bonheur.

Et ici apparaît l'influence hiérarchique de la Cause Première sur la cause seconde dans les deux ordres de la causalité efficiente et de la causalité finale. La bonté d'un objet particulier n'est raison du motif, que parce qu'elle est une participation du Bien Universel pour lequel a été creusée la capacité de l'ilme; et la volonté n'est excitée par le motif qu'en vertu de la motion par laquelle la Cause Première la pousse effectivement vers sa fin dernière. Saint Thomas enseigne la même doctrine sous une autre forme :

Necesse est quod omnia quy liouio appelil appelai propter ultimum (inem. VA hoc apparol duplici ratione... Secundo, quia ultimus finis hoc modo so liabet in movendo appetitum, sicut

DES C/VISES. .îCi

562 LIVRE Vm. — CLASSHICATIOX DKS CAUSES.

se habet in aliis motioniljus primum movens. Manifestum est aulein quod causie secuncho moventes non movent, nisi secundum quod moventur a primo movente. Unde secunda appelibilia non movent appetitum, nisi in ordine ad primum appetibile, quod est ultimus finis (Ij.

On doit, je pense, comprendre la différence que j'avais indiquée entre l'intention et le motif. L'intention part de la volonté, le motif entre dans la volonté. Toute volonté agit pour une intention ; toute volonté seconde agit pour une intention ai par un motif. Ainsi la volonté humaine subit toujours le motif quand même elle n'y cède pas, et dans son intention la plus libre elle n'agit qu'en vertu du motif. Elle fait tout pour une intention, parce qu'elle est une cause complète, c'est-à-dire une cause intelligente; elle fait tout j)cir un motif, parce qu'elle est une cause seconde mue par la Cause Première.

Le motif, en un mot, ne se rencontre que dans les agents à la fois actifs et passifs, moventia mota. Il n'est pas essentiel à toute cause; nous devions donc en écarter la considération, lorsque nous méditions sur l'essence de la causalité.

Jadis il y eut grande dispute dans les écoles au sujet de la question suivante : La fin meut-elle selon qu'elle est conçue ou selon qu'elle existe? An finis moveat secundum esse intentionale, vel secundum esse reale?

Les uns disaient : La pensée de la fin est vraiment la cause motrice de la volonté; car cette pensée est la seule réalité qui précède l'acte du vouloir, et l'on sait que la cause doit précéder l'eflet. — Les autres disaient : C'est l'objet qui attire, c'est la réalité à obtenir qui met en acte la volonté; car la volonté est toujours attirée vers un bien réel. Et ces deux raisons sont si claires, dit un grand philosophe, qu'il faut bien qu'elles contiennent la vérité, et qu'il

(I) s. Thomas, V W , q. 1, ail. 6.

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