‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 506 sur 581 · CHAPITRE VI. CAUSES SECONDES · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. CAUSES SECONDES

y ait, par conséquent, un moyen de concilier les deux opinions opposées (1).

Or la notion exacte du motif rend facile cette conciliation. La raison de vouloir est la bonté de l'objet réel, perçue par l'intelligence comme une participation du bien universel auquel correspond la capacité de la volonté ; et voilà pourquoi la pensée précède l'intention, bien que celle-ci ait pour terme la fm réalisée. Mais, par là même, cette raison devient un motif, en ce sens qu'elle dirige vers ce bien particulier l'influence de la force antécédente qui tneut physiquement la faculté vers le bien universel.

ARTICLE II

QUESTION DU CONCOURS DIVIN 1. — Historique.

La marche naturelle de nos études nous amène en présence d'une des questions les plus célèbres dans Ihistoirc de la théologie. Gomment le Créateur agit-il dans les créatures et avec les créatures? Y a-t-il prédétermination de la cause seconde par la Cause Première, conformément au système dit thomistique? Y a-t-il simplement concours simultané des deux causes dans une même action, suivant le système de Suarez et de beaucoup d'autres théologiens modernes?

Je recule devant cette discussion. Car, pour rétreindre, il faudrait l'envelopper dans son entier, et ce serait une œuvre de grande proportion.

Il faudrait d'abord une étude historique qui retraçât la marche de la dispute.

(1) Adeo (irinis rationibus confirinala est iiliatjut' pars piopositfr qusestionis, iil arnbaî vidcanlur in aliquo >eiisu ainplrcleml;e. (Fonseca, Mttaphijs.. lib. V, cap. Il, q. 11, secl. 3.)

Les débats surgissent à propos de la question : « Dieu est-il l'auteur du péché? » Certains docteurs, inquiets de sauvegarder la sainteté divine, soutiennent que Dieu, auteur des natures, n'exerce aucune influence physique sur les actions mauvaises. Les autres, signalant la réalité qui existe dans tout acte pour coupable qu'il soit, affirment que la cause première doit en être recherchée dans la Cause de toute réalité. Telle est cette fameuse question (1) que le Maitre des Sentences discute déjà, mais sur laquelle sa modestie l'empêche de se prononcer.

Plus tard la lumière s'est faite, et Albert le Grand nous fournit la solution dans le passage suivant :

Anliqui cu'ca hanc qusestionem, ut palet in littera, duobus modis opinabantur.

Quidam enim dicebant voluntatem per se sufficere ad actum malum, sed non ad actum bonum vel indiflerentem. Et dixerunt quod ex hoc non sequitur duo principia esse; quia voluntas per se agit actum nialum, tamen ipsa non est a se; in eo autem quod est primuni principium, exigitur quod sit a se et agat a se. Ratio autem potior ipsorum fuit, quod actus malus non agitur nisi secundum est. Sed in génère, vel sine malitia existons, non est nisi in potentia et secundum intellectum; ergo non agitur hoc modo. Est autemactus malus actualiter conjunctus mahii»; ergo agitur secundum quod est malitire conjunetus; hoc autem modo non agitur a Deo ; ergo actus malus non est a Deo. — Et hœc opinio obtinuerat plures antiquorum .

Quia vero moderni viderunt quod perfectius est agere quam esse, viderunt quod id quod non est a se nec potest a se manere in esse, mullo minus potest agere a seipso. Et cum actus malus, secundum conversionem ad materiam, sit simpliciter actus egrediens a potentia activa perfecta secundum naturam, ideo concluserunt, quod non egreditur ab ea nisi secundum quod movetur a Causa Prima. Alioquin sequeretur duo principia esse; et hœc est causa quare alia opinio fere cessit ab aula, et a multis modernorum reputatur hœretica (2).

(1) El haec est fainosa quseslio : iitrum oinnis actus sit a Deo. (Alb. MagiK, Sentent., lib. II, distinct. 35, art. 7.)

(2) Alb. Magn., Sentent., lib. Il, distinct. 35, art. 7.

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