Digression sur le Réalisme. — Exemple
Pour être plus clair, je développerai d'abord une comparaison facile à comprendre.
Lorsqu'on lance un boulet, il décrit dans lair une parabole. Cette ligne est, dans sa réalité existante, une, simple, indécomposable. Mais l'esprit du géomètre, s'exerçant sur cette ligne, peut la projeter sur deux directions arbitraires, et décomposer le mouvement réellement unique en deux mouvements suivant ces deux directions. Jusqu'ici il n'y a quun artifice de la raison, de même ordre que celui par lequel l'arithméticien dédouble un nombre en deux autres; artifice commode souvent, mais qui n'enrichit la question d'aucune vérité nouvelle. Ce dédoublement simplement logique répond à ce que les Scolastiques appellent « distinction de pure raison », — distinclio rationis ratiocinantis.
Tout autre est la distinction qu'introduit dans le mouvement parabolique du boulet le savant désireux d'étudier les causes réelles de ce mouvement. Il y discerne un éloignement du point de départ suivant la direction de l'impulsion primitive, et une chute verticale vers la terre suivant la direction de la pesanteur; et par là il décompose un mouvement unique eu deux mouvements obéissant chacun aux lois de leurs causes réelles. C'est là ce que les Scolastiques appellent disiinctio rationis ratiocinatœ, c'est-à-dire distinction (juc: la raison forme avec raisoîi, parce (|u'elle a son fondement dans la réalité des choses; aussi conduit-elle à des résultats nouveaux pour la science mécanique de la nature.
Cette distinction, appelée souvent distinction virtuelle^ est évidemment postérieure à la réalité, distinctio post rem, puis({ue l'esprit la tire de la réalité. iMais, pour qu'elle
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corresponde à la réalité, il faut que sa raison provienne des causes mômes du mouvement, en ce sens que chacune des causes laisse dans l'effet Tempreinte de son influence. C'est l'impulsion primitive qui éloigne le boulet du canon; c'est la pesanteur qui le fait tomber vers la terre. Il faut donc une distinction des causes précédant, au moins logiquement, l'existence de l'effet, et c'est ce qu'on nomme distinctio ante rem. Tout le talent du physicien, qui remonte d'un effet complexe à ses causes multiples, consiste à établir une sage distinction /*c»s^ rem, pour en déduire la distinction ante rem.