‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 527 sur 581 · CHAPITRE I. — DE l'oRDRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. — DE l'oRDRE

Mais ici, nous retrouvons les deux camps d'Aristote et d'Heraclite, la doctrine scolastiquc et les absurdités Hégélienne ou matérialiste.

Pour les positivistes, le tout suit des parties; les parties sont la raison du tout; aussi, pour eux, le tout n'est qu'un amas sans ordre et sans autre unité qu'une agg-régation fortuite. Pour nous, le tout est le parfait (1), l'être en acte; les parties sont l'imparfait, la matière, la puissance. Pour nous, par conséquent, le tout prime les parties, et c'est l'unité du tout qui est le lien entre toutes les parties.

Voici que ces considérations nous ramènent à notre sujet, c'est-à-dire à l'étude de Tordre.

En effet, le concept de l'ordre renferme les deux éléments d'unité et de pluralité; l'ordre suppose plusieurs objets que l'on compare, et il ne peut y avoir d'ordre là où l'unité est solitaire; en un mot, Tordre réunit plusieurs choses diverses dans un même ensemble qui est une sorte d'unité. Mais, encore une fois, la pluralité ne peut par elle-même se domier l'unité, car elle joue le rôle de matière, etTunité se tient du côté de la forme. Donc, pour réduire la pluralité à l'unité, pour que la raison d'unité pénètre la multitude, il faut un principe qui range cliacjue chose à sa place. De là cet adage : Ex divei^sis for77ialiternon fituniim, nisi ad invicein ordinentur (2) ; c'est-à-dire il n'y a pas d'ordre sans principe d'ordre, et Tordre n'est que la participation de la pluralité au principe d'unité.

En quoi consiste Tordre établi entre les différentes pièces d'une horloge? Dans la juxtaposition convenable des rouages. Mais pourquoi tel rouage est-il convenablement à telle place? Parce qu'il est telle partie de Thorloge. C'est donc l'idée do l'horloge, telle (|ue Ta conçue l'artiste, qui déteruiine les relations entre les pièces différentes.

(1) « Lalovl et le parfait son' complètement identiques, ou sont bien voisins de nature. » (Arislote, /7///.s., liv. III, eh. vu.)

(2) Quœ diversa sunf, in unum urdinein non convenireni, nisi ab aliquo iino ordinarentur. (S. Thomas, I. (|. il, art. 3.)

588 LlVRi: IX. COORDINATION DKS CAUSES.

Cette idée est une; c'est une unité qui relie la multiplicité ; et toutes les parties sont coordonnées entre elles, parce qu'elles sont individuellement subordonnées au tout qui est un.

En quoi consiste l'ordre légal dans une société? Dans les relations légales entre les citoyens, et ces relations sont établies par la loi.

En quoi consiste l'ordre dans la famille? Dans les relations convenables entre ses membres. Et d'où proviennent les relations entre frères? Elles proviennent de ce que chacun d'eux est le fils d'un père commun. Us doivent rester unis, parce qu'ils sont unis à un même père qui les unit entre eux. Le père, principe de la famille, est le principe de l'ordre dans la famille.

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