‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 56 sur 581 · CHAPITRE II. FORMATION DE LA MÉTAPHYSIQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. FORMATION DE LA MÉTAPHYSIQUE

Aristote propose à ce sujet, une élégante comparaison. Après avoir exposé comment linduction permet de tirer l'universel du particulier, il ajoute :

« Ainsi dans une déroute, un fuyard s'arrêtanl, un autre s'arrête lui aussi, puis un autre, jusqu'à ce que le front de bataille se reforme. L'âme est de telle nature, qu'il peut se passer en elle quelque chose de semblable (1). »

Saint Thomas interprète ainsi ce passage :

Ponit exemplum in pugnis quœ fiunt per reversionem exercitus devicti fugati. Cum enim unus eorum perfecerit statum, id est, immobiliter cœperil slare et non fugere, aller stat adjungens se ei, et postea aller, quousque tôt congregentur, quot faciunt principium pugnœ. Sic etiam ex sensu etmemoria unius particularis, et iterum alterius, et alterius, quandoque pervenitur ad id quod est principium artis et scientite, ut dictum est (2).

Et son maitre, dans une paraphrase brillante :

Cum, uno primum stantc, aller accedens ad illum et adjuvans simililer armis et pugnat, sistit et terlius cum duobus et quartus, et sic de aliis, donec hostis expugnalur, et quousque toi sint quod confortati ad invicem veniant ad principium pugna^ Simililer est in anima, quod, stante una accepUone sensibilis, stal altéra, et tertia; et cum anima his acceptionibus confortata talis fit, quod post ex acceptis incipit ponere universale, quod est principium artis et scientia.' (3).

N'est-ce pas là, en effet, le procédé de l'investigation intellectuelle, qu'il s'agisse de méditations philosophiques ou de recherches physiques? Un premier fait ou premier phénomène nous apparaît d'abord comme un mélange confus d'influences diverses. Mais, si nous en rapprochons un autre fait ou phénomène de même ordre, ces deux excni-

(1) Aiislole, Derniers aualijlii/., liv. II, (■lia|i. dernier.

Ci) S. Thom., Poxterior., lib. II, ied. 2o.

(3) Alb. Mag., l'osterior., lib. II, Iracl. V, cap. i.

pies s'éclairent mutuellement; dans chacun d'eux, nous entrevoyons ce qu'il y a de commun et ce qu'il y a d'individuel, ce qui est essentiel et ce qui est accidentel. La lumière commençant donc à se faire, un troisième exemple vient la rendre plus vive et plus pénétrante. C'est ainsi qu'un moment arrive, où ces exemples divers fournissant une lumière commune, toute obscurité fuit, le jour triomphe dans notre esprit, et notre pensée distingue clairement dans chaque fait la réalité universelle et dans chaque phénomène la loi générale.

Encore une fois, n'est-ce pas ainsi que notre propre conscience nous révèle la marche et le progrès de notre pensée? Je sais que ces observations psychologiques soulèvent un grave problème. D'où vient une telle vigueur à notre intelligence? Où est la cause et la raison d'une activité si puissante? Mais ces questions ne sont plus du domaine de l'observation psychologique ; elles relèvent de la métaphysique, et je n'ai pas ici à les traiter. Je me contente de constater ce que j'observe en moi, et j'en conclus qu'il faut bien que l'âme soit capable d'agir comme j'ai conscience qu'elle agit. « L'âme est de telle nature qu'il peut se passer cela en elle : 'H oà 'iu/-^ ûr.ipyzi 'zi-j-ù-t, ou7a cïx

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