‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 57 sur 581 · Réalisme et nominalisme · texte numérisé non relu

Réalisme et nominalisme

Après avoir reconnu en quoi consiste la science, après avoir montré en particulier la nature de la métaphysique et la voie par laquelle on en acquiert les principes, il nous reste à l'envisager au point de vue de la certitude et de la réalité. Jamais moins qu'à notre époque, cette étude ne fut oiseuse. Car tandis que, d'une part, abusant des prodigieux succès qu'obtiennent les sciences expérimentales par la fermeté de leur méthode et l'accord de leurs recherches, une secte prétend réserver à la connaissance des phénomènes le nom de sciences positives, comme s'il n'y avait rien de réel que ce qui passe; d'autre part, l'anarchie dans les systèmes spiritualistes, et l'influence délétère de certaines rêveries allemandes, ont amoindri dans les intelligences ce que je puis appeler le sens des choses métaphysiques

La métaphysique est-olle une science de réalités? ses affirmations sont-elles objectivement vraies? Doit-on soutenir que les choses sont réellement ce que les juge l'évidence métaphysique? C'est la même question présentée sous diverses formes. Mais cette question s'élargit encore, si on la considère comme l'a fait Aristote.

Toute sa doctrine repose sur la distinction entre le singulier, -z y.aO' h.y.z-Tf, cl l'univcrsel, -b y.xOî/.cj. Le shi-

gulier est ce qui est ceci, ici et maintenant, -.bzt ~.i y.y.l -:j y.xl vjv. L'universel est ce qui est toujours et partout, -l y.v. y.y). r.y.v-y.yo\) v.y.Obkoj çy.[j.ïv slvai. Or la sensation atteint le singulier, et la science connaît l'universel : A-.jOâvsjOai [j.èv ^àp xv-y^rAT) 7.7.0 i'/.yzzz'i ^ r, oàr'.jT-r;;;//; to) t; v.yJ)z'/.z'j Yvo)p(^î'.v

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Il résulte de là que, pour Aristole et pour la Scolastique, toute science démonstrative a trait aux universels, et que la réalité de la science est liée à la réalité des universels. Doit-on s'étonner que la question des iinivcrsatix, comme on a coutume de dire, soit le champ de bataille où toutes les écoles se rencontrent nécessairement, sceptiques et nominalistes d'une part, réalistes et formalistes de l'autre?

A la vérité, personne ne conteste l'existence réelle du singulier, de ce qui est « ici et maintenant ». Mais l'universel, qui est « toujours et partout », est-il objectivement vrai? son concept a-t-il son fondement dans la réalité? ou bien, n'est-ce au contraire qu'un fantôme hantant l'intelligence?

Telle est la question réduite à sa plus simple expression et dégagée de toutes les disputes secondaires. Ainsi posée, elle exige une réponse, et suivant la réponse qu'on donnera, on se déclarera nominalisteon réaliste.

Si l'on ne voit, avec Kant, dans l'universel, qu'un jeu de l'esprit humain, alors on ne peut rien déduire des concepts universels, sinon l'aptitude de notre faculté pensante à créer ces chimères. Mais alors il faut renoncer à toute connaissance scientiliquc ; car tout raisonnement contient quelque principe universel, toute affirmation d'une science quelconque a trait à quelque universel.

Aussi, malgré les clameurs des sophistes, toutes les sciences, qu'on les appelle rationnelles ou expérimentales, de déduction ou d'observation, toutes en s'affirmant aftirment le principe de la philosophie réaliste.

(1) Derniers anolytvi., liv. I, chap. xxxi.

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