CHAPITRE IV. DU CHOIX
pour A d'être voulu, puisque la contingence n'est, en définitive, qu'une déficience.
Tout ce qui précède est le développement d'un remarquable enseignement de saint Thomas.
Il se pose la ({uestion : Utriim vohmtas moveatur de necessitate a siio objecta ? et il répond :
Bonum est objectura voluntatis. Unde si proponatur aliqaod objectum voluntati, quod sit universaliter bonum et secundum omnem considerationem, ex necessitate voluntas in illud tendit, si aiiquid velit; non enim poterit velle oppositum. Si auteni proponatur sibi aliquod objectum quod non secundum omnem consideralionem sit bonum, non ex necessitate voluntas fertur in illud. Et quia defectus cujuscumque boni habet rationem non-boni, ideo illud solum bonum quod est perfectum et cui nil déficit est taie bonum quod voluntas non potest non velle (1).
N'est-ce pas le raisonnement que j'ai employé à propos du choix entre A et B? — A [leut être considéré comme très utile, puisqu'il conduit à F; donc il peut être voulu. — A peut être considéré comme inutile, puisque B conduit à F; donc il peut n'être pas voulu.
Cet enseignement ne saurait être trop médité ; car il nous conduit à la véritable notion de la liberté.
En effet, toute puissance passive a son fondement dans une puissance active. Dire que le moyen A peut être voulu ou non-voulu, c'est dire que la volonté attachée à F peut vouloir A ou ne le pas vouloir, c'est dire que la volonté, tout en voulant F, est liljre vis-à-vis de A.
La liberté est donc la faculté de vouloir ou de ne vouloir pas. Et puisque la possibilité pour A de n'être pas voulu n'ajoute aucune réalité positive à la possibilité d'être voulu, la liberté de vouloir n'ajoute aucune réalité positive au vouloir lui-même. Vouloir librement n'est pas autre chose que vouloir avec la possibilité de ne pas
(1) s. Thomas, 1" ll',q. 10, art. 2.
62i LIVRi: IX. — COORDINATION DES CAUSES.
vouloir, et c'est pour cela que la dernière raison du choix est le vouloir lui-môme. Tant que la volonté balance entre A et B, l'indétermination demeure; lorsque la volonté s'arrête à vouloir A, aussitôt, par cela même et par cela seul, l'indétermination est levée, et la contingence de A est comblée.
Mais remarquons-le bien. Tandis que dans son terme A cette indétermination est une contingence et une déficience, dans son principe F elle est une éminence et une perfection ; car elle provient de ce que la fin F étend ses relations en dehors de A, et qu'elle est, par là même, indépendante de A.