CHAPITRE IV. DU CHOIX
giquement que ce soit, sans être aucimement poussée vers le moyen.
Éclaircissons cette doctrine par un exemple.
Supposons un homme aussi affamé que l'on voudra en présence de deux pains identiques. L'appétit qui le dévore l'excite physiquement et réellement à se jeter sur un de ces pains comme un moyen de calmer sa douleur. Mais lequel choisira-t-il? Encore une fois, chacun de ces objets l'attire avec une force qu'il n'est pas libre de subir ou de ne pas subir. Restera-t-il donc en équilibre entre ces deux forces égales, comme le fameux âne de Buridan? — Non; car ces forces sont des motifs, dont les motions dépendent de raisons. Or, dans le cas actuel, chacune de ces raisons est suffisante et non nécessaire ; chacun de ces pains contient une raison d'être voulu et une raison de n'être pas voulu; l'intention formelle de manger peut s'étendre à manger ou à ne manger pas chacun d'eux, et la faim la plus irrésistible laisse parfaitement libre la résolution de l'affamé. Pas de raison de choisir, pas de motif du choix, la hberté seule décide. — Si vous demandez à cet homme pourquoi il a mangé un pain, il vous répondra par une raison positive et un >?io/// positif : à savoir, pour assouvir la faim qui le pousse. — Si vous lui demandez pourquoi il a choisi le pain qu'il a mangé, il vous répondra encore par un(> raison positive et un motif positif, à savoir, parce que, sa faim l'excitant à saisir ce pain capable de le rassasier, il a cédé à son appétit. — Si vous lui demandez pourquoi il ne se jette pas sur l'autre pain, il vous répondra par une raison négative et un motif négatif, à savoir que, pouvant se rassasier sans ce pain, il n'a ni raison de le vouloir, ni motif qui l'excite à le prendre. — Mais si vous lui demandez enfin ce qui l'a décidé entre les doux pains, il ne pourra vous donner ni raison^ ni motif; car ce choix non a pas, et n'est qu'un résultat de la liberté.
La nécessité pour une cause seconde de su')ir un motif
n'altère donc pas la liberté du choix entre les moyens suffisants pour atteindre une fin. Le motif qui pousse la volonté vers cette lin la pousse vers chaque moyen en tant et autant qu'il est moyen, et la liberté consiste dans le pouvoir de céder ou de ne pas céder à cette impulsion : de céder, parce que ce moyen contient une raison suffisante d'être voulu ; de ne pas céder, parce que cette raison n'est pas une raison nécessaire.
C'est ce qu'enseigne saint Thomas dans le texte suivant :
Non oporlel quod semper ex fine insit homini nécessitas ad efigenduni ea qme sunt ad finem; quia non omne quod est ad finem taie est quod sine eo finis haberi non possit, aut, si taie est, non semper sub tali ratione consideratur (1).
(1) s. Thomas, I-' II"-, q. 13, art. 6, ad 1"'".