De la liberté humaine
Pour mieux inculquer les vérités précédentes, je veux montrer leur application à la liberté humaine. Aussi bien, les disputes portent principalement sur la liberté de notre volonté. Or on peut affirmer qu'en général les discussions spéculatives, lorsqu'elles se prolongent, proviennent de malentendus, et, si je ne m'abuse, il est aisé de découvrir celui qui sépare les écoles catholiques au sujet du libre arbitre
Tous les théologiens s'accordent à reconaître avec saint
testatem ad suspendendum seu elicienduni conlrarium iSuarcz. Acf. fntm., Ir. 2, disp. 1, sect. 3, n 13.)
Thomas que le libre arbitre n'est pas une faculté distincte de la volonté, et tous confessent que la volonté est une cause seconde dépendant de la Cause Première, et par conséquent une nature à la fois passive et active. Mais les uns considèrent surtout sa passivité et les autres son activité; les premiers doivent donc enseigner qu'elle est mue et déterminée puisqu'elle est passive, les seconds qu'elle se meut et qu'elle se détermine puisqu'elle est active.
Or cette contradiction provient d'un malentendu qu'on fait disparaître, en distinguant dans l'acte du vouloir deux choses que l'on confond trop souvent, je veux dire, le motif et l'intention, et c'est pour cela que j'ai si souvent insisté sur la difl'érence et la séparabilité de ces deux éléments.
Revenons donc une dernière fois sur toute cette doctrine; mais, de peur d'équivoque, disons d'abord ce qu'il faut entendre par la passivité et l'activité de la volonté.
Le caractère de la vie est d'être le principe actif de ses opérations, suivant cette parole de saint Thomas : « Ut sic viventia dicantur quœcumque se agimt ad motum vel operationem aliquam (1) ». L'activité intrinsèque étant le propre de la vie, il y aurait autant de répugnance à dire une vie passive qu'à dire une vie inerte. Or la volonté est une faculté vivante. Elle est donc essentiellement active; elle ne reçoit pas du dehors ses actes, ses états, ses modifications comme 'autant d'appliques sur sa substance. Tout ce c{ui est en elle procède d'elle, comme tout dans une plante, feuilles, fleurs et fruits, procède du dedans par voie d'épanouissement. Si donc on oppose la passivité à l'activité dans le même sens qu'on oppose l'inertie à la vitalité, on doit affirmer que, dans la volonté, rien n'est passivité, tout est activité.
Mais il est un autre sens suivant lequel on peut et on doit parler de la passivité de la volonté. Toute créature est essentiellement dépendante de la Cause Première, et cette
(1) s. Thomas, I, q. 18, art. I.