‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 573 sur 581 · CHAPITRK V. — DE LA LIBERTÉ · texte numérisé non relu

CHAPITRK V. — DE LA LIBERTÉ

dépendance se multiplie suivant les diverses réalités que l'on distingue dans la créature, comme l'influence du soleil, unique dans son principe, se distingue dans ses termes, et prend les noms de chaleur ou de lumière suivant les organes qui la suivissent. Par conséquent, si la raison veut distinguer dans un être vivant la substance même et l'activité, comme le faisait la Scolastique, l'influence de la Cause Première se présentera sous deux aspects : — Influence tombant sur la substance même, et puisque son effet est de maintenir la substance hors du néant, cette influence s'appellera conservation; — influence tombant sur l'activité vitale, et puisque la vie est une sorte de mouvement (1), cette influence s'appellera «lo^z'on. Sous ce dernier rapport, l'activité même dune vie créée revêt un certain caractère de passivité, non pas, encore une fois, en ce sens matériel et mécanique qu'elle ait besoin de recevoir un choc extérieur qui ébranle son inertie, mais en ce sens que, tout ce quelle est et tout ce qu'elle peut, elle le doit à l'influence supérieure qui la pénètre intimement.

La vie de la volonté présente donc deux caractères : — Elle reçoit une influence supérieure, et puisque recevoir est le propre du patient, on doit sous ce rapport la considérer comme passive ; — une fois mise en acte par celte influence qu'on appelle une motion, elle exerce l'activité qui est le propre de sa nature.

A ces deux caractères de passivité et d'activité correspondent le motif et l'intention. J'ai déjà dit ce qu'il fallait entendre formellement par Yintention. C'est un acte par lequel la volonté pose un terme, c'est-à-dire décide l'existence d'un effet, et j'ai ajouté et prouvé que l'intention ne modifie en rien son principe et sa source, suivant l'adage : Non necesse est movens moveri. Quant au motif, si on le considère, non dans son objet qui est un bien à acquérir, non dans l'intelligence où il est la bonté perçue, mais dans la

(I) Conf. S. Tlioinas I. q. 18, ail. 3, ad 1""'.

volontc qui est proprement soq siège, le motif est une influence qui incline physiquement la volonté, ou mieux, la pousse vers un l)ien, de telle sorte que la volonté est dans deux états physiques différents, lorsqu'elle suhit ou lorsquelle ne subit pas l'excitation du motif.

Ainsi le motif meut la faculté qu'il atteint; l'intention pose un terme dont elle décide l'existence. Le motif est subi par la volonté en tant qu'elle est un patient, lintention est l'acte de la volonté en tant qu'elle est un agent. Or nous savons que le propre du patient est d'être déterminé par autrui, et que le propre de l'agent est de déterminer autrui. D'où la conclusion suivante : La volonté est modifiée d'une manière « déterminée » par le motif, mais la volonté « détermine » elle-même le terme de son intention; et cette distinction, ce me semble, fait évanouir l'antinomie, sujet de si grands débats.

Pour mieux le comprendre, exprimons cette même distinction sous une forme plus familière aux théologiens.

Le motif produit une motion dans la volonté et, par conséquent, la met en acte. Cet acte, résultat nécessaire du motif, est ce qu'on appelle acte indélibéré de volonté ; c'est un vouloir, un amour existant réellement dans la volonté, sans qu'elle soit libre de subir ou de ne pas subir l'attraction du bien qui lui est présenté, in nobis sine nobis. Mais si l'intention se porte sur cet acte et décide qu'il soit, cet acte devient par là même ce qu'on appelle acte délibéré de volonté. L'acte hidélibéré est donc un acte surgissant vitalemeiit de la volonté, mais subi par elle en tant qu'elle est passive; l'acte délibéré procède de la volonté en tant qu'elle est active.

D'où les conclusions suivantes :

VCausa secunda non agit nisi mota. Donc l'intention de notre volonté suppose un motif; nous ne pouvons rien vouloir sans motif; un acte indélibéré précède toujours, au moins logiquement, l'acte délibéré, et celui-ci n'est que celui-là qui, d'abord simple résultat d'une motion, est

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