‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 575 sur 581 · Suite du même sujet · texte numérisé non relu

Suite du même sujet

La distinction entre le motif et l'intention permet de poser la question de la liberté sous une autre forme : Le motif et l'intention sont-ils toujours unis ensemble, ou sont-ils séparables? Si l'intention suit toujours le motif, la volonté n'est pas libre dans ses intentions, puis([u'elle n'est pas libre de subir ou d<' ne pas subir les motions des motifs. Si l'intention est séparable du motif, la volonté peut

6V0 LIVIU: I\. — COORDINATION UKS CAISHS.

subir ces motions sans y consentir, et par conséquent elle est libre.

Saint Thomas décide cette question en employant une belle métaphore. La volonté, dit-il, est passive, car tout bien la meut; mais elle est de telle masse que, si les biens particuliers peuvent l'ébranler, seul le Bien Absolu peut l'entrainer.

Potest voluntas moveri, sicutab objecto, aquocumque bono, non tamen sufficienter et eflicaciter iiisi a Deo. Non enim sufficienter aliquid potest movere aliquid mobile, nisi virtus activa moventis excédât vel saltem adtequet virtutem passivain mobilis. Virtus autem passiva voluntatis se extendit ad bonum in universali; est enim ejus objectum bonum universale, sicut et intellectus objectum est ens universale. Quodlibet autem bonum creatura est quoddam particulare bonum. Solus autem Deus est bonum universale; unde ipse solus implet voluntatem et sufficienter eam movet ut objectum (1).

Voici donc comment la Sagesse infinie, voulant élever l'homme à la dignité d'image de Dieu (2), a exécuté ce grand dessein.

Elle a mis eu lui une capacité mesurée sur le Bien Absolu, et elle entretient en lui par une motion universelle une activité qui tend à combler ce vide. En vertu de cette motion, le bien et tout ce qui participe au bien attirent sa faculté, mais sans contraindre son intention. Car son amour du bien universel domine tous ces attraits particuliers, bornés et finis, par une éminence qui est l'image de la Suréminence Divine sur toutes les créatures. Les biens finis l'émeuvent à la vérité, parce qu'elle-même est finie; mais ils ne déterminent pas son intention, parce que cette intention se porte vers l'infini.

Telle est la grandeur de la volonté humaine; telle est

(1) s. Thomas, I, q. 105, art. 4.

(2) « Toute àme raisonnable possède un libre arbitre, et c'est là être à l'image de Dieu. » (S. Jean Damasc., sur l'Isogogue, eh. \.)

Page 1