CHAPITRE IV. UE LA LIBERTÉ. Cil
l'indépendance de l'âme à l'égard de tout ce qui n'est pas sa fin dernière.
Disons plus. Telle est cette participation de l'homme à la royauté divine sur la création. Car, si le propre de toute liberté est de combler une contingence, il en résulte que l'homme participe dans ses intentions libres à l'acte créateur par lequel les choses contingentes deviennent existantes. 0 mystérieuse responsabilité de l'homme, — cpii fait sa gloire s'il coopère aux desseins de la Providence, — qui fait sa honte s'il amène à l'existence ce que Dieu permet par respect de la liberté, mais ne veut pas d'une volonté de bon plaisir !
Que reste-t-il maintenant du problème de la liberté? Il faut que la cause seconde soit mue dans tous ses actes par la Cause Première, et il nous semblait que cette motion essentielle exclut la liberté. Eh bieni tout au contraire; l'art divin résout la difficulté par la difficulté elle-même ; c'est précisément la motion divine qui produit et entretient la liberté.
Dicendum quod, sicut Dionysius dicit 4° cap. de Divinis nominibus, ad Providentiam Divinani non pertinet naturani rerum corrumpere, sed servare. Unde omnia movet secunduni eorum conditionem, ita quod ex causis necessariis per motionem Divinani sequuntur effcctus ex necessitate, ex causis autem contingentibus sequuntur efîectus contingenter.
Quia igitur voluntas est activum principium non determinatum ad unum, sed indifferenter se habens ad multa, sic Deus ipsam movet, quod non ex necessitate ad unum déterminât; sed remanet motus ejus contingens et non necessarius, nisi in liis ad quœ naturaliter movetur (1).
Remarquez cette phrase : Voluntas est activum principium non determinatum ad unum, sed indifferenter se habens ad multa. Le propre de l'activité est de n'être pas déterminée en elle-même, mais d'être un principe^ de déterminations multiples. Le raisonnement de saint Thomas
(1) S. Thomas, 1' \V^, q. 10, ad. i.
642 LlVRi: IX. — COORDINATION DES CAUSES.
revient donc à ceci : Dieu meut la volonté en tant ffu'elle est passive mais respecte son activité; il la meut par un motif mais laisse libre son intention.
En outre, répétons-le une dernière fois, la motion divine, par son universalité et son but infini , est la raison même de la liberté humaine, car elle affranchit la volonté de toute attache nécessaire aux biens particuliers.
Deus movet voluntatem hominis, sicut universalis motor ad universale objectum voluntatis quod est bonum, et sine hac universali motione homo non potest aliquid velle. Sed homo per rationem déterminât se ad volendum lioc vel ilhid quod est vere bonum vel apparens bonum (1^.