‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 578 sur 581 · CHAPITRE V. DE LA LIBERTÉ. Gi · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. DE LA LIBERTÉ. Gi

Voilà déjà sa iïherté captivée. Est-ce tout? Hélas! non; il n'est pas seulement enchaîné, il est esclave, assujetti au travail le plus servile.

En effet, en choisissant pour sa fin dernière un bien particulier, il n'a pas pour cela détruit la tendance naturelle de sa volonté vers le bien universel. Il faut qu'il comble avec des biens finis une capacité infinie. Il est contraint à cette entreprise absurde de substituer, dans l'objet de son amour, à l'universalité d'être l'universalité de nombre, et d'obtenir le bien infini par l'addition de biens finis. Sa passion ne lui laisse aucun relâche, et le courbant au travail lui crie sans cesse : Affer! afferl Il n'a donc plus même le choix de ses mouvements dans le triste cercle qui enclôt son activité. Car toujours il lui faut courir au plus gros gain.

C'est ainsi que le pécheur a abdiqué toute liberté ; il est captif de sa passion, esclave de son péché, servais peccali , et, pour surcroît d'infortune, il reste coupable et responsable, parce que c'est librement qu'il a fait choix de son tyran.

Mais voici que Dieu, dans sa miséricorde, s'approche de ce malheureux. Il le pousse par sa grâce à vouloir un bien déterminé. Quel est ce bien, sinon Dieu lui-même? car l'objet répond à la motion. Dieu se présente comme un bien déterminé, et par conséquent sous une forme qui laisse entière la liberté humaine. Il est vrai que ce bien a une connexion nécessaire avec la béatitude, « mais avant que par la vision béatificpie cette connexion soit évidente, la volonté n'adhère pas nécessairement à Dieu et aux choses de Dieu (1) ». L'homme reste donc libre de consentira cette motion divine.

0 ruse vraiment divine ! ô artifice d'une miséricorde infinie ! lesautres biens particuliers flattent d'abord la liberté, pour la rendre ensuite captive. Ce bien déterminé oil'ert

(1) S.Thomas, I, q. 82, arl. '1.

6i^|. LIVRE IX. COORDINATION DES CAUSES.

par la grâce sollicite la liberté, mais pour briser ses liens et la rendre à elle-mênie. Car ce bien, tout particulier, tout déterminé qu'il semble, n'en est pas moins en réalité le Bien Universel, le Bien Absolu, Dieu lui-même. Or la volonté humaine est libre vis-à-vis de tous les biens finis, à proportion de son amour du Bien. Donc il devient absolument libre, par là même qu'il choisit Dieu comme son bien déterminé parmi tous les autres biens. Pars mea Dominus, dixit anima mea, propterea exspectabo eum (1).

(1) Thren., m, 24.

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