Gomment Aristote répond aux Pyrrhoniens
Toujours il y a eu de ces malades, soit par folie, soit par une volonté coupable; mais toujours il conviendra de les traiter avec la même hauteur qu'Aristote. L'objection du sceptique n'a pas changé; nous avons vu plus haut comment Aristote la formule (2) : — Ou l'on démontre les principes, et alors ce ne sont plus des principes ; ou on les suppose, et alors toute la certitude objective repose sur une hypothèse. — Tel est ce fameux dilemme placé
doctrine aussi vieille que le bon sens. « La prétention, dit-il, de faire reposer la science sur le raisonnement seul, sans y laisser intervenir le sentiment intime relatif aux idées d'espace, semble absolument chimérique. L'évidence, quoi qu'on lasse, doit être invoquée. C'est sur elle seulement que peuvent reposer les idées premières de droite et de plan. » (Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. L.XI.X, p. 12()5.)
(î) Éthiq. à iS'icomaqne, liv. VI, chap. vi.
(2) Derniers analytiq., liv. I, cliap. m.
CHAPITRK m. RKALlli: I)K LA MÉTAPHYSIOUE. 67
comme une barrière infranchissable à l'entrée de la science. Mais ce n'est en réalité qu'un fil qui se brise dès qu'on passe. — Vous avez raison, dit Aristote, on ne démontre pas les principes; mais on en perçoit immédiatement la vérité, ÏQ-y-yn oi r.o-.t -.y. y.\i.tiy..
Le kantiste veut insister : Cette perception immédiate n'est que l'adhésion instinctive de Fintellig-ence à ces principes : c'est un fait de conscience; mais qui nous prouve que ce témoignage intérieur est recevabie pour ce qui se passe au dehors? — Et Aristote, comme dernière réponse, se contente d'affirmer : « La science existe... Le principe de la science est l'intellect... L'intellect est plus vrai que la science (1). »
Réponse fière et digne d'un si grand philosophe! Réponse (|édaigneuse de l'objection, mais qui prévaudra toujours contre le sophisme.
— Pourquoi l'adhésion subjective de l'esprit est-elle un témoignage de la vérité objective? — Parce que l'intelligence atteint le vrai. — Et pourquoi suis-je certain qu'elle atteint le vrai? — Parce que j'admets que l'intelligence atteint le vrai quand elle a conscience de connaître, et que connaître le faux, c'est ne pas connaître (2). Mais quelle phrase vient de m'échapper : « J'admets que mon intelhgence atteint le vrai. » Me laisserais-je entraîner à mon tour à l'absurde dédoublement que le sceptique a imaginé entre la certitude subjective et la certitude objective? Qui donc, en moi, admet que mon intelligence atteint le vrai, sinon mon intelligence elle-mômc? Pourrait-elle douter en même tenq)S qu'elle affirme?
Donc : ou bien recevoir le témoignage de l'évidence, c'est-à-dire, laisser l'intelligence produire l'acte qui découle de sa nature; ou bien forcer la raison à se contre-
(1) Dcniicm anahjtiq., passim.
(2) Oinnis qui lallitur, id in <iuo fallitur, non inlelligit. (S. Auguslin., in UO. 8:î (/luij.slioH., (ju. 32.)
G8 LIVRK PRKMIKR. PRINCIPES DE LOGIQUE.
dire, c'est-à-dire, la forcer d'étouffer son fruit dans son propre sein.