‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 65 sur 581 · Preinière~réponse de saint Thomas · texte numérisé non relu

Preinière~réponse de saint Thomas

Le sceptique en appelle à l'expérience de nos erreurs journaKères : si l'honime peut se tromper c[uelquefois, qui lassure qu'il ne se trompe pas toujours?

Saint Thomas lui répond : Sans doute l'erreur peut s'introduire dans notre esprit, mais c'est uniquement par le jugement et jamais par la perception immédiate. Lorsc{ue nous unissons ou séparons par un jugement des concepts essentiellement étrangers l'un à Fautre, il peut se faire qu'il y ait erreur dans ce jugement. iMais c'est là une opération subséquente à la perception, et (f ailleurs nous pouvons toujours la contrôler en la comparant à la perception. Quant à la perception elle-même, c'est-à-dire à la connaissance des essences, elle peut bien être imparfaite, incomplète, elle n'est jamais fausse. Car la perception est l'opération propre et première de l'intelligence; l'objet propre de l'intelligence est la quiddité des choses; et jamais une faculté ne peut errer, lorsqu'elle est appliquée à son objet propre (1).

Mais, par là môme, on reconnaît que l'infaillibilité de l'intelligence s'étend nécessairement jusqu'aux jug-cments qu'elle porte sur les premiers principes. En effet, le caractère de ces principes est que le « sujet » soit la raison même du « prédicat ». Le jugement qui suit la connaissance des termes est donc immédiat et nécessaire, puisqu'il se réduit à une perception. « Quœlibet propositio, cujus prœdicatum est in ratione subjecti, est immediata et per se nota, quantum est de se (2). »

Telle est la solution de saint Thomas, solution à la fois

(1) Vid. Summ. Theol., I, q. 85, a. G.

(2) S. Thom., Poster, analytic, lib. I, lect. 5.

Page 1