‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 71 sur 581 · Comment le sens commun est naturel · texte numérisé non relu

Comment le sens commun est naturel

Nous n'avons pas oublié l'enseignement d'Aristote : on ne nait pas avec la connaissance des premiers principes; on l'acquiert, mais il est naturel à l'homme de l'acquérir.

Saint Thomas formule clairement cette doctrine dans le passage suivant :

Intellectusprincipiorumdicitur esse habitus naluralis. Exipsa enim natura anima? intellectualis convenit homini qtiod statim, cognilo quid est tolum et quid est pars, cognoscat quod omne totum est majus sua parte ; et simile est in ca'leris. Sed quid sit totuui et quid sit pars, coguoscere non potest nisi per species intelligibiles a phantasmatibus acceptas : et propter hoc, Philosophus in tine Posteriorum suljdit quod cognitio principiorum provenit nobis ex sensu (1).

De là résulte une double conséquence. — Vintellect, ou, en d'autres termes, la connaissance des principes dérive de la nature qui est la même pour tous ; — on rencontrera ce trésor plus ou moins développé suivant l'étude et la capacité intellectuelle de chacun.

Intellectus principiorum consequitur ipsam naturam huuianam qute œqualiter in omnibus invenitur... Et tamen, secundum majorem capacitatem intellectus, unus magis vel minus cognoscit voritatem principiorum, quam alius 2).

Donc, si l'on considère le sens commun comme une disposition intellectuelle, il est cette activité naturelle, qui a été déposée dans toute intelligence par l'auteur de la na-

(1) s. Thom., I, II, q. 51, art. 1.

(2j S. Thom., II, II, q. 5, art. i, ad 3'^"'.

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ture, et qui lui fait percevoir sans effort les vérités qui se présentent naturellement à tout esprit. C'est Fillamination intérieure qui provient du soleil de vérité, et qui éclaire Fâme humaine.

Car, nous dit saint Cyrille,

H Le Verbe de Dieu illumiiie (ont homme venant en ce monde, non par des paroles comme pourrait faire un ange ou un homme, mais par une action créatrice digne d'un Dieu, plaçant en chacun de ceux qu'il appelle à Fexistence le germe de la sagesse, c'est-à-dire de la connaissance de Dieu, et plantant en chaque âme la racine de Tentendement. Ainsi complètp-t-il ranimai raisonnable, montrant par là que l'homme est participant de la divine nature. Il remplit l'àme, pour ainsi parler, de certaines vapeurs lumineuses qui s'exhalent de l'Ineffable Splendeur, et cela suivant le mode et la raison que Lui seul connaît. Car, en parlant de telles choses, on doit toujours garder la mesure (1 !. »

Que si l'on considère le sens commun comme un trésor de vérités acquises, c'est le trésor commun à tous. Car Dieu ne l'a pas enfoui, comme le cuivre ou le plomb qu'on découvre et qu'on purifie à grand'peine ; mais il l'a dispersé pur et brillant à la surface de la terre, comme l'or que le sauvage lui-même sait voir et ramasser dans le désert.

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