‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 75 sur 581 · Digression sur la connaissance confuse · texte numérisé non relu

Digression sur la connaissance confuse

Pour mieux apprécier encore la valeur du sens commun, recourons à un bel enseignement de l'École, destiné à éclaircir une apparente contradiction d'Aristote.

Le Philosophe nous a appris, dans les Derniers analytiques, à distinguer ce qui est « simplement plus notoire », àzAwr YV(op'.|xw-£pcv, et ce qui est « plus notoire pour nous », ■'r^\}.vt YV(i)S'.;;.(o-3p:v. Le plus notoire pour nous est le singulier, parce qu'il est plus voisin de la sensation. L'universel est simplement plus notoire, mais il est plus loin de la sensation 3).

Or, si nous voulons acquérir la science, il nous faut né- 'Cessairemcnt partir « du plus notoire pour nous ». Donc, le point de départ de la science est pour nous la connais-

(1) De Jicbdoinadibus.

(2) Pioliinc (u ne sis ol)scuritaUljus bn'\ilalis adversus, quae cuiii sinl artani lida rustodia, tuin id habciil coniinodi, (juod his solis qui digni siiiil colioqiumliir. (IJoct., de llcbdoniad.)

(3) Dcriticrs analijdq., liv. 1, chap. ii.

DIS CALSIiS. 6

82 LIVRE PREMIKU. l'ItlNCIPKS DK LOC.IOUK.

sance sensible, et c'est par la voie de rinduction que nous parvenons jusqu'à la connaissance de l'universel. Telle est la Ihéorie qui a été développée précédemment.

Au commencement de sa Physique, Aristote enseigne encore que nous devons procéder du plus connu au moins connu.

« Lu voie qui nous est naturelle est d"allor des clioses qui nous sont plus notoires et plus manifestes, vers les clioses plus notoires et plus manifestes par nature. €ar les mêmes choses ne sont pas à la fois et plus notoires pour nous et plus notoires simplement. D'où la nécessité de procéder des choses moins manifestes par nature mais plus manifestes pour nous, aux choses plus manifestes et plus notoires par nature i 1). »

Jusquici Aristote est bien d'accord avec lui-même; mais voici où le désaccord semble se montrer :

ti Les choses qui nous sont d'aburd claires et manifestes sont celles qui sont le plus confondues ensemble, et c'est ensuite, en les séparant, que nous distinguons les éléments et les principes.

« Aussi nous faut-il procéder des universels aux particuliers. Car le tout est le premier objet de la sensation, et l'universel est un certain tout, contenant beaucoup de clioses comme autant de parties.

« Il en est ainsi en quelque sorte des noms par rapport à leurs définitions. Le nom signifie un tout d'une manière indivise, par exemple, le cercle; vient ensuite la définition qui distingue les éléments. Ainsi encore les petits enfants appellent u pères » tous les hommes et « mères ■> toutes les femmes ; ensuite ils font le discernement. »

N'y a-t-il fpas opposition formelle entre ce langage et celui que nous avons entendu plus haut? Dans les Analytiques on nous dit que l'universel est moins connu i^ouv nous, et qu'il faut partir du singulier. Ici, on nous enseigne que l'universel est le plus connu pour nous, et qu'il est le point de départ de la science.

(1) Arislole, P/njs., liv. I, cliaj). i.

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